EDF vous répond
VRAI OU FAUX ?
Le barrage a un effet sur le sur-envasement de l’estuaire de la Rance.
VRAI
EDF n’est pas responsable de l’envasement mais d’une sur-sédimentation par rapport à un envasement naturel que les experts du Conseil scientifique du Plan de gestion des sédiments en Rance estiment à 50% du volume déposé annuellement. Le conseil scientifique rappelle également que tous les estuaires sédimentent naturellement.
A noter : il est préférable de parler de sédimentation plutôt que d’envasement car, selon les zones de l’estuaire, les dépôts peuvent être sableux ou vaseux.
Le volume de sédiments continue d'augmenter dans l’estuaire.
VRAI
Le volume de sédiments continue d’augmenter dans l’estuaire mais dans une moindre mesure.
En comparant les relevés bathymétriques les plus récents, l’ Etablissement Public Territorial de de Bassin (EPTB) Rance Frémur montre que le volume total de sédiments déposés chaque année a baissé d’1/3 depuis 2018. Une des hypothèses formulées est que cette baisse pourrait être liée aux modifications de fonctionnement de l’usine marémotrice apportées en 2020.
EDF n'assume pas ses responsabilités.
FAUX
EDF assume et assumera les effets liés au fonctionnement de l’usine marémotrice à hauteur de ses responsabilités établies sur des bases scientifiques.
EDF revoit le fonctionnement du barrage pour réduire les dépôts de sédiments.
VRAI
Le fonctionnement de l’usine marémotrice s’est continuellement adapté à son environnement au fil du temps.
La gestion des niveaux en Rance et donc le fonctionnement de l’usine marémotrice ont été adaptés à la suite d’une concertation avec l’ensemble des parties prenantes du territoire de 2015 à 2019. Cette démarche co-pilotée par l’Etat, Natura 2000 et EDF a permis de définir un nouveau référentiel des niveaux en Rance. Sa mise en application depuis 2020 a probablement permis de limiter les dépôts sédimentaires par une augmentation de l’amplitude des marées en Rance.
Dans le cadre du Plan de gestion des sédiments en Rance, des réflexions ont été initiées dès 2023 avec le Conseil scientifique et l’EPTB Rance Frémur baie de Beaussais sur des fonctionnements alternatifs de l’usine marémotrice pour limiter les dépôts sédimentaires. Les résultats des modélisations de ces fonctionnements seront testés en grandeur nature à partir de 2026 avec un suivi d’efficacité et une concertation avec les acteurs du territoire. Si ces fonctionnements se montrent efficaces pour limiter des dépôts de sédiments, ils pourront être mis en œuvre en complément des opérations de dragage.
Il convient de trouver le meilleur compromis entre les enjeux énergétiques, environnementaux et les usages établis dans l’estuaire.
EDF peut mettre en place une tarification verte pour financer le plan de gestion des sédiments en Rance.
FAUX
EDF ne peut se prononcer sur ce sujet qui relève de la politique énergétique de l’Etat et qui pourrait entraîner des discussions avec la Commission européenne.
Ce qui est certain, c’est que l’électricité produite par l’usine marémotrice de la Rance est renouvelable. EDF se doit d’exploiter l’usine marémotrice dans le respect de son cahier des charges tel que le lui demande l’Etat, autorité concédante.
EDF refuse "de se mettre autour de la table" avec les maires et associations.
FAUX
EDF est un partenaire historique de la gestion des sédiments en Rance, engagé aux côtés de l’Etat, de la Région Bretagne et des collectivités territoriales depuis de nombreuses années.
EDF a reconduit sa participation financière pour le plan de gestion 2024-2028 à hauteur de 50% aux côtés des autres financeurs et participe à toutes les réunions dans une optique de trouver une solution pérenne avec l’ensemble des acteurs du territoire.
Les études menées par le Conseil scientifique du Plan de gestion des sédiments en Rance sont indépendantes.
VRAI
Le conseil scientifique a été mis en place par le préfet comme le préconisait la mission d’expertise interministérielle CGEDD-CGE en mai 2017.
Toutes les études réalisées dans le cadre du plan de gestion par des experts EDF ou des prestataires d’EDF se font en étroite collaboration avec l’EPTB Rance Frémur baie de Beaussais et le conseil scientifique.
Le modèle hydrosédimentaire a été construit dans le cadre d’une thèse encadrée par l’Université de Bordeaux. Elle a été validée par l’EPTB Rance Frémur baie de Beaussais et le conseil scientifique, après plusieurs ajustements post-thèse. Il est exploité par un bureau d’études certes mandaté par EDF mais chaque résultat est validé par l’EPTB Rance Frémur baie de Beaussais et le conseil scientifique.
Le conseil scientifique challenge beaucoup EDF, notamment sur le fonctionnement de l’usine marémotrice, dans le but de trouver des solutions collectives durables, respectueuses à la fois de l’environnement mais aussi des enjeux liés à cette usine marémotrice.
EDF continue de financer le Plan de gestion des sédiments en Rance 2024-2028.
VRAI
EDF a engagé plus de 13 M€ depuis les années 1990 pour contribuer à la gestion sédimentaire de l’estuaire de la Rance.
EDF a participé au plan de gestion expérimental 2018-2023, allant au-delà des préconisations faites dans le rapport de la mission interministérielle CGEDD-CGE de mai 2017.
EDF poursuit sa participation financière pour le plan de gestion 2024-2028 à hauteur de 50% aux côtés des autres financeurs. Malgré le retrait de la Région, EDF maintient son engagement sur les montants annuels jusqu’en 2026, allant ainsi au-delà de son financement à hauteur de 50% pour ne pas pénaliser l’ambition du plan de gestion.
EDF continue d’apporter sa contribution aux travaux et réflexions en cours, notamment sur la mise en œuvre des fonctionnements alternatifs à partir du modèle hydro-sédimentaire, en mobilisant des ressources internes en complément de l’engagement financier dans le plan de gestion.
Les sédiments ont un impact négatif sur la biodiversité de l’estuaire.
FAUX
Le comité scientifique indépendant qui contribue à définir le Plan de gestion des sédiments en Rance, confirme que la sédimentation est un phénomène naturel et que la sur-sédimentation constatée dans l’estuaire n’a pas d’impact sur l’environnement marin mais uniquement sur les usages.
Lire les études scientifiques sur l’impact environnemental.
Une étude récente menée par la Station Marine de Dinard (Museum National d’Histoire Naturelle) sur l’évaluation de la biodiversité des vertébrés et de la continuité écologique grâce à la métagénomique ciblée de l’ADN environnemental dans la rivière Rance) a mis en évidence une richesse taxonomique normale dans l’estuaire et l’absence d’effet de l’usine marémotrice sur la continuité écologique.
Les sédiments ont un impact négatif sur la biodiversité de l’estuaire. Les proliférations d'algues vertes dans l'estuaire sont liées à la sédimentation.
FAUX
Les proliférations d’algues vertes en Rance maritime sont essentiellement dues aux apports de nitrates par le bassin versant. Il n’est pas exclu que l'usine marémotrice ait un effet sur la dynamique des proliférations d'algues vertes dans la mesure où elle influence les caractéristiques hydrologiques et sédimentaires de l'estuaire, mais aucun lien direct n’a été établi à ce jour. Les processus régissant les proliférations d’algues vertes sont complexes et les liens difficiles à établir. Dans tous les cas, les nitrates sont et restent le facteur majeur de leurs proliférations en Rance maritime, d’où l’importance d’en réduire les flux. Les études scientifiques montrent que le seul levier opérationnel durable pour agir contre les marées vertes en Bretagne consiste en la réduction des apports de nitrates au littoral.
Dans un rapport de mars 2024, le comité scientifique du Plan de gestion des sédiments en Rance indique même, à l’inverse, que les tapis d’algues vertes qui se déposent sur vasières limitent l’érosion des sédiments.
Interview de Pierre Le Hir et Bruno Caline, respectivement président et membre du conseil scientifique du plan de gestion des sédiments de l'estuaire de la Rance
Votre navigateur ne prend pas en compte le javascript.
Pour vous permettre d'accéder à l'information, nous vous proposons de consulter la vidéo Interview du conseil scientifique du plan de gestion des sédiments de l'estuaire de la Rance dans un nouvel onglet.
L'intérêt d'une approche pluridisciplinaire au sein du Conseil scientifique. Les opérations de gestion des sédiments impactent l'environnement, la qualité de vie, les usages, même les financements publics. donc le problème est naturellement pluridisciplinaire. et le Conseil scientifique a été conçu pour cela. Le côté composite enrichit le débat car il nous aide à échanger avec nos interlocuteurs. Il permet l'expression de sensibilités et même de compréhensions différentes. Que peut-on dire sur la sédimentation en Rance? Dans un estuaire classique, les vases vont se déposer là où il y a peu de courant, sur les bords ou en amont. Très souvent, l'apport dominant vient de la mer. C'est le cas en Rance, c'était le cas avant le barrage et c'est toujours le cas maintenant. Les observations qu'on a pu faire ont montré que l'essentiel des apports avait lieu pendant les tempêtes. L'usine marémotrice a réduit drastiquement l'amplitude de marée. Du coup, les courants de marée sont à peu près deux fois plus faibles, favorables à la sédimentation. et en plus, les étals de niveau haut durent plus longtemps. Ca aussi c'est favorable à la sédimentation. Notez aussi un effet potentiel du rehaussement du seuil du Châtelier à la limite amont du bassin maritime. On a un barrage qui a été rehaussé et qui empêche la propagation de la marée en amont de cette limite. Autrefois, avant l'usine, la sédimentation avait lieu plus en amont et était beaucoup plus étalée. En outre, dans les estuaires, d'une manière générale, on note une asymétrie entre les courants de remplissage, donc le flot, et les courants de vidage. Cette asymétrie est en faveur du flot et ça, ça a été renforcé par l'usine marémotrice. Et là aussi, il s'agit d'un facteur favorable au transport de sédiments vers l'amont. Nous avons fait des simulations sur ordinateur qui ont montré que la sur-sédimentation liée à l'usine marémotrice était du même ordre que la sédimentation naturelle. Ce qui revient à une sédimentation qui est multipliée par deux. Et c'est quelque chose que l'on retrouve dans les carottes sédimentaires qui ont pu être extraites dans le bassin. Ma principale contribution aux travaux du Conseil scientifique porte sur la quantification du phénomène de sur-sédimentation à partir de la datation précise des sédiments. Les résultats de ces datations réalisées sur carottes ont montré que dans le secteur le plus aval, la sur-sédimentation est multipliée par deux, mais les taux de sédimentation sont faibles puisqu'ils restent inférieurs à un centimètre par an. Quand on passe dans le secteur central et dans le bras de Châteauneuf, la sursédimentation varie entre 2 et 3. Enfin, dans les deux secteurs les plus amonts, les taux de sédimentation augmentent puisqu'ils atteignent 5 à 6 cm par an. Comment expliquer ces écarts de sédimentation dans les différents secteurs de la Rance ? La taille des sédiments diminue depuis l'aval jusqu'à l'amont. Une des particularités de la Rance, c'est la faible teneur, de particules en suspension dans l'eau de mer qui pénètre dans l'estuaire. Par contre, dans le secteur amont, là où se mélangent l'eau de mer salée et l'eau douce de la Rance, un phénomène d'agglomération des particules argileuses se fait et donc, on a un dépôt préférentiel de vases qui se fait dans ce secteur-là qu'on appelle le bouchon vaseux. Et on observe dans le secteur le plus amont, une sursédimentation qui est multipliée par trois et on n'a plus de phénomène d'érosion. Le Conseil scientifique a cherché à savoir si le fonctionnement sédimentaire et la gestion des sédiments impactaient l'écologie du milieu. Selon les experts écologues, il n'y a pas d'impact négatif du changement de nature du sédiment. Le changement de nature, du fond n'a pas impacté négativement la biodiversité, qui bien sûr a changé, mais elle est toujours aussi riche. Nos observations ont montré qu'on avait un phénomène assez important d'érosion à la fois latérale et verticale de ces herbus. Ce phénomène de l'érosion des herbus est en fait lié aux variations du niveau haut maximum atteinte dans l'estuaire. Il faut parler donc de l'apparition récente d'un phénomène spectaculaire qui est l'apparition des algues vertes et la prolifération de ces algues vertes sur les vasières. Depuis 2019, on observe une augmentation constante de la couverture de ces algues vertes dans les différentes vasières. Ce phénomène est lié à la richesse en nitrate de l'eau de la Rance. C'est un vrai problème puisque ces algues vertes contribuent à limiter la mobilité des vases qui se sont déposées. Les processus qui permettraient de réduire la prolifération de ces algues vertes seraient bénéfiques puisque ça permettrait aux vases d'être remobilisées par les courants de marée et donc de se déplacer dans l'estuaire. Le Conseil scientifique a suggéré cinq leviers pour limiter la sur-sédimentation liée à l'usine marémotrice de la Rance. Le premier levier repose sur l'observation claire d'un apport de sédiments pendant les tempêtes. L'idée est assez simple, c'est de fermer l'usine marémotrice pendant les tempêtes. On peut l'imaginer sur une marée complète. À ce moment-là, on recommande de le faire entre deux niveaux hauts, parce que les organismes marins, en particulier le matos, préfèrera être inondé pendant un temps plus long qu'être hors d'eau pendant trop de temps. On peut aussi imaginer de ne fermer l'usine marémotrice que pendant une partie de la marée. Les observations ont montré qu'il y avait un maximum de matière en suspension côté mer au moment de la deuxième partie du remplissage du bassin maritime. L'idée, c'est de mesurer la matière en suspension en aval du barrage et de fermer l'usine quand un seuil de matière en suspension a été dépassé en aval du barrage. Et on reprend le cycle normal lors de la marée descendante suivante. Cela permet de réduire les pertes d'énergie produites par l'usine marémotrice de la Rance. Le deuxième levier vise à modifier le fonctionnement de l'usine marémotrice en réduisant le maximum de vitesse au moment des courants de remplissage et si possible en augmentant les vitesses au moment du vidage avec un courant qui va vers la mer. On voit qu'effectivement le débit au moment du remplissage se fait pendant un temps plus court et il est beaucoup plus intense que pendant la phase de vidage du bassin. Le fonctionnement alternatif permet de réduire le maximum de flot en l'allongeant. Le transport vers l'amont avec le courant de flot est diminué alors qu'au contraire, le transport vers la mer est favorisé par l'augmentation des courants de vidage du bassin. La mise en œuvre de ce levier se traduit par une perte de production électrique, comme ça se produisait également pour le levier numéro 1. On peut faire le lien entre la perte de production et le volume non-sédimenté dans le bassin. Les fonctionnements interactifs ont été imaginés et sélectionnés de telle sorte que le coût que cela représente en perte de production électrique ne soit pas supérieur au coût de dragage du sédiment une fois qu'il l'a décanté. Il faut garder l'esprit qu'en termes de bilan énergétique, de bilan carbone, de bilan environnemental, il vaut mieux éviter l'entrée de sédiments et donc son piégeage dans le bassin plutôt que de draguer ultérieurement. Le levier numéro 3 porte sur l'exploitation du piège à sédiments qui a été installé en amont de l'estuaire sur le site du Lyvet et le site de la Hisse qui permet le stockage de sédiments avant sa valorisation ultérieure. Ce système mis en place dans les années 2000 fonctionne très bien. Le piège se remplit avec beaucoup d'efficacité en moins d'un an. La filière de valorisation agricole qui a été mise en place est tout à fait viable. Notre recommandation serait d'optimiser ce processus en essayant de raccourcir le temps de désalinisation puisque le piège se remplit en pratiquement une année. Le 4ème levier consiste à pratiquer des extractions locales de vases pour répondre à certains usages, typiquement la navigation, l'accès aux cales. Ça peut être aussi pour une finalité patrimoniale, et je pense aux retenues d'anciens moulins à marée, si on les restaure en extrayant la base qui les a envahis, on pourrait même en profiter pour faire des chasses locales dans les petits chenaux immédiatement en aval de ces retenues. Le levier numéro 5, c'est autre chose. Les trois premiers leviers visaient à réduire la sur-sédimentation qui se produit actuellement. mais ne ciblait guère les dépôts anciens. Là, dans le 5ème levier, on envisage d'extraire massivement des sédiments anciennement déposés. Ça n'est pas justifié pour des questions écologiques, mais plutôt, ça peut correspondre à un désir collectif d'ordre patrimonial ou d'ordre paysager, d'ordre esthétique. Et on peut envisager une telle extraction massive, mais à une condition, c'est qu'on puisse avoir préalablement réduit ou supprimé les sources de sédiments. Parce que sinon, il y a un risque de re-sédimentation dans le secteur qu'on aura dragué. Et cette re-sédimentation pourrait même être plus rapide. Il faut bien voir que ces leviers sont complémentaires et ils peuvent être mis en œuvre simultanément. La mise en œuvre de ces leviers suppose de faire des choix au fur et à mesure. Pour inscrire ces choix, le Conseil scientifique recommande la mise en place d'une commission qui soit bien représentative des différents enjeux, les paysages, les usages, l'environnement, la biodiversité.