Des chercheurs de la R&D et d’EIFER (Europäisches Institut für Energieforschung EDF-KIT EWIV), ont contribué, en collaboration avec de nombreux acteurs académiques et institutionnels, à une publication dans la revue Sciences Eaux & Territoires. Elle met en lumière les multiples bénéfices écologiques, sociétaux et économiques des forêts riveraines, aussi appelées ripisylves, qui désignent ces formations boisées aux abords des cours d’eau. Cette contribution s’inscrit dans l’engagement d‘EDF pour la préservation des écosystèmes aquatiques et terrestres et la gestion durable de ses installations tout en apportant des solutions fondées sur la nature face au changement climatique.
Cet article a été co-écrit par 23 auteurs travaillant pour 15 organismes différents, dont 5 ingénieurs-chercheurs du LNHE (Le Laboratoire National d'Hydraulique et Environnement) d’EDF Lab Chatou et 3 chercheurs de EIFER.
Rencontrez nos auteurs scientifiques
Anthony MAIRE, agronome de formation, il est diplômé d’AgroParisTech, et a réalisé un doctorat à l’Université de Toulouse sur l’écologie des communautés de poissons des rivières en France et leur conservation. En 2015, après un contrat post-doctoral au centre INRAE (Institut national de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement) d’Aix-en-Provence sur la biodiversité des poissons dans les lacs en Europe, il intègre la R&D d’EDF au LNHE. Depuis 2015, il assure notamment le pilotage du programme de recherche Thermie-Hydrobiologie, et c’est dans ce cadre qu’il a déjà publié plusieurs articles.
Antonin CONAN, docteur en biologie de la conservation et herpétologue, il a réalisé sa thèse à l’Université de Strasbourg en biologie de la conservation des amphibiens. Il a rejoint en 2023 la R&D d’EDF au LNHE, où il travaille entre autres sur les continuités écologiques terrestres ainsi que sur le rôle des infrastructures industrielles pour la biodiversité, en particulier pour les amphibiens. Il met également en place des suivis de terrain afin d’évaluer l’apport des zones de compensation pour la biodiversité et l’impact de la pollution lumineuse.
Camille DEBEIN, ingénieure agronome diplômée de l’Ecole Nationale Supérieure Agronomique de Toulouse, elle a intégré la R&D d’EDF au LNHE en 2023. Elle contribue à divers projets de recherche de modélisation de la quantité et la qualité d’eau, notamment en contexte de changement climatique.
Hanieh SEYEDHASHEMI, docteure en sciences de la Terre, spécialisée en hydrologie et hydroécologie, elle est ingénieure chercheure à la R&D d’EDF depuis mai 2024. Dotée d’une riche expérience de recherche collaborative sur le changement climatique et ses impacts sur les milieux aquatiques et les poissons migrateurs, elle met son expertise au service des travaux du LNHE.
Laurence TISSOT, ingénieure chercheure experte à la R&D d’EDF, elle a contribué à plusieurs travaux menés dans le cadre du programme Thermie-Hydrobiologie depuis son embauche en 2005, notamment sur les espèces piscicoles.
Léa DIECKHOFF, ingénieure agronome (Montpellier SupAgro) et titulaire d'un Master en sciences de l'environnement (université de Coblence), elle est ingénieure de recherche à EIFER depuis 2009. Actuellement, ses sujets de recherche portent principalement sur le rôle des écosystèmes dans l'atténuation du changement climatique.
Ines IMBERT, docteure en sciences politiques (université de Konstanz), elle travaille à EIFER depuis 2010. Ces domaines de recherche portent notamment sur les solutions fondées sur la nature, l’analyse des services écosystémiques et plus globalement sur l’analyse des politiques publiques et initiatives en lien avec la biodiversité.
Laura RODRIGUEZ, docteure en écologie, restauration et conservation des écosystèmes, spécialisée dans l’étude des effets du changement climatique sur la distribution et la diversité des espèces. Après plusieurs contrats postdoctoraux, elle a rejoint EIFER en 2023 en tant que chercheuse, où elle contribue à des projets liés à la séquestration du carbone et aux solutions fondées sur la nature.
Publication dans la revue scientifique : Sciences Eaux & Territoires
Végétalisons nos cours d’eau : les ripisylves, un habitat aux multiples bénéfices
Disponible en accès libre
Dans quel cadre ces travaux s’intègrent ils ?
Face au changement climatique, la préservation de la ressource en eau, dont la grande majorité de la production d’électricité dépend, représente un enjeu important pour EDF. C’est pourquoi l’entreprise est engagée à utiliser cette ressource de manière durable et responsable et à anticiper et atténuer les effets du changement climatique sur les milieux aquatiques.
Ainsi, la R&D d’EDF a lancé un programme de recherche prioritaire pour le Groupe, le programme Thermie-Hydrobiologie, qui s’intéresse à l’incidence de l’augmentation de la température de l’eau sur les écosystèmes aquatiques, dans un contexte de dérèglement climatique et d’échauffement additionnel liés aux rejets thermiques des CNPE. Un des axes de ce programme vise à explorer des solutions d’adaptation au changement climatique. C’est dans ce cadre que la préservation et la restauration des ripisylves ont été identifiées comme des stratégies d’atténuation et d’adaptation aux effets du changement climatique sur les rivières et la biodiversité.
Alors que plus de 80 % des ripisylves naturelles en Europe et en Amérique du Nord ont disparu au cours des deux derniers siècles, et que plus de 90 % des plaines alluviales européennes présentent un état écologique dégradé, il est essentiel de s’intéresser à la préservation et à la restauration de ces forêts riveraines. La R&D d’EDF contribue à cette démarche en coordonnant la rédaction d’une synthèse sur les bénéfices et les enjeux des ripisylves face au changement climatique, récemment publiée dans dans la revue Sciences Eaux & Territoires.
Pourquoi EDF s’intéresse à ce sujet ?
Dans cette publication consacrée aux ripisylves, les auteurs analysent 252 publications scientifiques pour mettre en lumière les fonctions assurées et les services rendus par ces forêts riveraines : corridors écologiques, régulation thermique des cours d’eau, filtration des polluants, stockage du carbone, valeur d’inspiration, etc. Ils évoquent également certains inconvénients possiblement associés à la présence de ripisylves.

Elle montre également en quoi leur préservation et leur restauration constituent des stratégies d’atténuation et d’adaptation en faveur de la biodiversité face aux effets du changement climatique.
Ce travail est le fruit d’une collaboration interdisciplinaire réunissant chercheurs, gestionnaires, naturalistes et acteurs de terrain.
Les principaux bénéfices associés aux ripisylves identifiés dans cette publication et synthétisés sur l’illustration ci-contre sont :
Bénéfices écologiques
- Création de corridors écologiques et effets sur la biodiversité terrestre (castor, martin-pêcheur, chauves-souris, insectes pollinisateurs).
- Apport de matières organiques et d’organismes terrestres aux cours d’eau.
- Diversification des habitats aquatiques et effets sur les communautés associées.
Régulation de processus environnementaux
- Protection des berges contre l’érosion grâce aux racines des végétaux.
- Filtration des eaux de ruissellement : rétention des sédiments, nutriments et pesticides (jusqu’à 75% pour certains polluants).
- Atténuation du réchauffement des cours d’eau par l’ombrage (jusqu’à 2-5°C de moins en été).
- Stockage du carbone dans la biomasse et les sols (capacité de stockage des ripisylves estimée de 202 à 386 tonnes de carbone par hectare).
Apports immatériels et matériels pour les humains
Comment EDF va pouvoir utiliser ces travaux ?
Cette synthèse va permettre à EDF de s’appuyer sur un certain nombre d’éléments lors de ses réflexions autour de projets d’aménagement/réaménagement, de la gestion environnementale des sites de production, de dialogue avec le territoire. Voici en quelques points les apports majeurs :
Pour EDF, exploitants des centrales, mais également pour les usagers, les gestionnaires et les structures publiques :
- Guide pour la conception de projets de restauration de ripisylves le long des cours d'eau
- Optimisation de la largeur des bandes riveraines
- Critères de priorisation des zones d'intervention (têtes de bassin versant, cours d'eau de plaine)
Pour la gestion environnementale :
- Apport d’éléments et de justificatifs scientifiques solides pour les investissements en restauration écologique
- Valorisation des services écosystémiques rendus (filtration, régulation thermique, biodiversité)
- Intégration dans les démarches de contribution carbone et de compensation biodiversité
Pour le dialogue territorial :
- Arguments techniques pour la concertation avec les parties prenantes
- Mise en avant des co-bénéfices : qualité de l'eau, prévention des inondations, biodiversité
- Contribution aux politiques publiques locales (SDAGE, trames vertes et bleues
Résumé de la publication
La ripisylve désigne l’ensemble des peuplements forestiers et boisements linéaires situés aux abords des cours d'eau, à l’interface entre les milieux aquatique et terrestre. Ces dernières décennies, un nombre croissant d’études scientifiques ont mis en lumière les intérêts écologiques, sociétaux et économiques de la préservation et de la restauration des ripisylves. Dans la première partie de cet article, les chercheurs synthétisent les bénéfices associés aux ripisylves. Ils présentent, dans une seconde partie, les éléments soutenant la préservation et la restauration des ripisylves comme des stratégies d’atténuation du changement climatique et d'adaptation à ses effets sur les rivières, la biodiversité et les humains. Ces caractéristiques font de la restauration de la végétation des berges des cours d’eau une mesure de gestion à développer dans les années à venir, dans un cadre réfléchi et adapté aux contraintes locales.
Co-auteurs externes
- INRAE,
- Université de Lyon,
- Université de Rennes,
- Université de Grenoble,
- Université de Strasbourg,
- Office Français de la Biodiversité,
- Conservatoire botanique national du Massif central
- Fédération des Conservatoires d'espaces naturels,
- Loire Grands Migrateurs,
- Fédération de l’Aveyron de pêche et de protection du milieu aquatique.
Domaine de publication
Environnement, impact du changement climatique
La revue Sciences Eaux & Territoires est une revue francophone en accès libre, éditée par INRAE, dédiée à la gestion durable des territoires et de l’environnement. Elle publie des articles validés par un comité scientifique et opérationnel.
*EIFER (Europäisches Institut für Energieforschung EDF-KIT EWIV) est un institut indépendant de recherche franco-allemand sur l’énergie fondé par EDF et KIT en 2002, pour renforcer leur collaboration par le biais de projets communs appliqués à des questions industrielles.