Docteur en mathématiques, Mohamed Hibti est désormais chercheur expert à la R&D d'EDF, où il s'intéresse aux études probabilistes de sûreté nucléaire. Depuis quelques années, il s'enthousiasme pour l'utilisation de l'informatique quantique pour rendre ces calculs à la fois plus rapides et plus performants. Selon lui, le calcul quantique est une occasion de tout « remettre à plat » !

Quel est votre parcours professionnel ?

Mohamed HibtiAprès une thèse en mathématiques, je me suis intéressé à leurs applications en informatique. J'ai travaillé quelques années dans une petite entreprise, sur de la programmation sous contrainte : il s'agissait de résoudre des problèmes très concrets pour la gestion des approvisionnements, des plannings optimisés en fonction du nombre d'employés et du temps de travail... En 2001, j'ai eu l'opportunité d'intégrer les équipes de recherche d'EDF. J'ai alors étudié des méthodes et outils pour la sécurité pendant 3 ans. Depuis 2012, je conduis des recherches sur les études probabilistes de sûreté et leurs applications.

Qu'est-ce qui vous plaît particulièrement dans votre sujet de recherche ?

J'ai beaucoup travaillé sur les applications des mathématiques combinatoires pour la sûreté et la fiabilité. Mais je suis très curieux et j'aime faire des ponts avec d'autres disciplines. Les études probabilistes de sûreté sont très complexes car elles évaluent des risques, par combinaisons, à partir d'une investigation systématique pour envisager tous les scénarios accidentels possibles. J'ai ainsi exploré l'utilisation des algorithmes qu'utilisent les réseaux sociaux pour détecter des communautés... en les appliquant aux composants des différents systèmes d'une centrale nucléaire. Quand j'ai découvert l'informatique quantique, en 2008, j'y ai vu une proximité avec mes recherches. Je m'y suis donc intéressé de près car cela me fascine. Explorer le quantique me permet d'explorer des terrains en friche à la croisée de l'informatique, des mathématiques et de la physique. C'est d'ailleurs un vrai enjeu pour les cursus de formation : il va falloir former des chercheurs et des ingénieurs qui aient de nombreuses compétences différentes. Et il faut s'y préparer dès maintenant...

Comment les technologies quantiques changeront-elles les études probabilistes de sûreté nucléaire à votre avis ?

Dans nos études probabilistes de sûreté, on s'intéresse à l'éventualité de toutes les défaillances possibles. Cela devient vite un problème gigantesque car, avec un ordinateur classique, il faut raisonner en termes de « combinaisons » de panne possible sur chacun des composants. Avec les milliers de composants d'une centrale, si on tient vraiment compte de chacun séparément, c'est insoluble. On a donc trouvé des façons de simplifier le problème sans le fausser. Mais l'informatique quantique promet une autre façon d'envisager les calculs. Elle permettrait de « remettre à plat » notre façon de penser les études de sûreté nucléaire.

Mohamed Hibti : 4 dates clés

1995 : Doctorat de mathématiques de l'Université de Besançon sur les systèmes de contraintes ensemblistes

1999 : Ingénieur de recherche en informatique avancée chez Inovia

2001 : Chercheur à la R&D d'EDF : méthodes et outils pour la sécurité

2012 : Chercheur Expert sur les études probabilistes de sûreté nucléaire en y intégrant désormais l'évaluation des applications de l'informatique quantique dans ce domaine.