Présentez-vous en quelques mots
Je suis Céline Bouteleux, ingénieur chercheur et chef de projet senior au LNHE à la R&D d'EDF. Après un doctorat en chimie et microbiologie de l'eau et des expériences dans des laboratoires renommés comme le CNRS ou l'INSERM, j'ai choisi de mettre mes compétences au service de l'industrie, en me focalisant toujours sur le traitement de l'eau et les circuits hydrauliques. C'est ensuite au sein du LNHE d'EDF que j'ai trouvé ma place en tant qu'ingénieur chercheur.
En quoi consistent vos missions au quotidien ?
Aujourd'hui, ma principale mission au sein de la cellule R&D consiste à piloter le projet « Traitement d'Eau et Environnement 2025 » dont l'objectif général est de rechercher les technologies et procédés de traitement de l'eau innovants à mettre en œuvre sur les circuits d'eau et les effluents pour limiter l'impact sur l'environnement des centrales nucléaires tout en maintenant voir améliorant leur performance.
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À la R&D, nous souhaitons contribuer, chaque jour, à l'innovation et à l'amélioration des pratiques dans le domaine du traitement de l'eau afin d’améliorer la performance environnementale des centrales nucléaires.
Quels sont les principaux défis liés à l'eau dans le contexte des centrales nucléaires ?
L'eau est cruciale pour la production nucléaire notamment pour le refroidissement de ses équipements. Or, sous l'effet du changement climatique, la ressource en eau s'amenuise et il y a un risque de dégradation de la qualité de l'eau. Une quantité moindre d'eau signifie une capacité de dilution réduite pour les rejets anthropiques ; une eau plus chaude contient moins d'oxygène dissous, ce qui peut amplifier les phénomènes d'eutrophisation.
Aussi, le premier défi est de s'assurer de l'adaptation de nos installations et de leur fonctionnement sous changement climatique, dans un contexte de raréfaction de la ressource en eau et de tensions croissantes entre les différents usages, tout en assurant la sûreté des installations.
Le deuxième défi, même si une grande majorité de l'eau prélevée par les centrales est restituée au milieu naturel (+ de 97 %), est de ne pas exercer de pression supplémentaire sur une ressource déjà contrainte en termes de quantité et de qualité d'eau.
Cela nécessite donc de trouver des solutions visant à minimiser les prélèvements et consommations d'eau, mais aussi des solutions pour que l'eau qu'on restitue au milieu naturel soit de la meilleure qualité possible (effluents chimiques et thermiques).
Quels sont vos travaux en cours dans ce domaine ?
Les travaux de R&D sont nombreux sur cette thématique, cherchant des solutions innovantes pour améliorer la gestion des circuits dans nos centrales nucléaires. La totalité des actions de recherche menées dans le projet que je pilote répond à ce sujet et se concentrent sur trois principaux axes :
- Identifier les possibilités de réutilisation et d'économie des ressources, en eau ou en substances chimiques, dans le but de réduire l'empreinte environnementale ; il s'agit de rechercher des solutions de sobriété : comment moins prélever, moins consommer et réutiliser l'eau ?
- Optimiser le fonctionnement des circuits de refroidissement, afin de réduire l'encrassement pour une performance accrue et le développement de micro-organismes pour maîtriser les risques sanitaires. Cela implique la recherche de solutions biocides et anti-encrassement innovantes et respectueuses de l'environnement.
- Identifier et évaluer les technologies innovantes de traitement des effluents liquides pour minimiser les rejets de substances chimiques et radiochimiques dans l'environnement.
Pouvez-vous nous donner des exemples concrets d'outils opérationnels ?
La R&D œuvre à une cartographie des flux d'eau en centrales nucléaires, au cœur du programme de sobriété en eau, et initiée cet été sur la centrale de Golfech. Son objectif est de quantifier les différents flux d'eau (domestique, industrielle, de refroidissement, pluviale) afin de réduire la consommation globale. Cette étape cruciale pour la préservation de la ressource nécessite une connaissance précise des prélèvements, consommations et rejets en eau, souvent difficiles à évaluer. Cette démarche, amorcée en 2023, sera étendue aux autres centrales dès 2024-2025, grâce à une collaboration entre la R&D et la DPN.
Autre exemple phare, nous étudions aujourd'hui un procédé innovant permettant de récupérer une partie de l'eau contenue dans les panaches des tours de refroidissement. Ce procédé breveté par une startup américaine (« Infinite Cooling ») émanant du MIT, est fondé sur un mécanisme d'ionisation des gouttelettes à l'intérieur de l'aéroréfrigérant. Il permettrait de récupérer entre 5 et 15 % de l'eau évaporée. Ce procédé, encore en cours de développement, sera testé sur le banc MISTRAL (unité expérimentale permettant historiquement de qualifier les nouveaux corps d'échange « packings » des aéroréfrigérants) de la centrale de Bugey courant 2024 pour vérifier ses performances et évaluer la faisabilité technique d'installation d'une telle technologie au sein des systèmes de production.
Transcription
Infinite cooling, le système de récupération de l'eau des aéroréfrigérants
Sans système Infinite cooling
L'eau est consommée par évaporation.
Avec système Infinite cooling
Le flux d'air passe à travers des électrodes émettrices puis des électrodes collectrices qui collectent l'eau.
Les +
- Une économie d'eau
- Une eau recyclée « purifiée », utilisable pour d'autres usages
- Prototype testé à EDF en 2024
Quel aspect de votre travail vous enthousiasme le plus ?
Ce qui me fait vibrer le plus, c'est d'apporter des réponses concrètes à des questions spécifiques, avec un souci d'application opérationnelle rapide. La diversité des sujets et des interactions est une source constante d'apprentissage.
Piloter un projet diversifié et faire le lien entre la recherche et son application industrielle est une satisfaction majeure. Contribuer, à ma mesure, à minimiser l'impact environnemental d'EDF est une source de motivation quotidienne.
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En quinze ans à la R&D d'EDF, j'ai vu le Groupe évoluer pour optimiser son impact sur la société et l'environnement, notamment en ce qui concerne la ressource en eau. Son engagement envers ces enjeux est tangible et particulièrement stimulant.