La conférence de Gérald Bronner, intitulée « Dérégulation du marché cognitif et esprit critique », invite à réfléchir à notre rapport à l’information dans un environnement numérique saturé. Le « marché cognitif » désigne ce flot d’informations et de contenus (croyances, hypothèses, idéologies…) qui circulent en continu sur nos écrans et rivalisent pour capter notre attention. Gérald Bronner s’est interrogé sur les mécanismes de diffusion de l’information : pourquoi certaines idées, parfois fausses ou approximatives, se propagent-elles plus rapidement que des connaissances validées ? Quelles sont les conséquences de cette dérégulation du marché de l’information sur la société ? Autant de questions qui soulignent la nécessité de renforcer notre esprit critique pour faire face à ces enjeux contemporains.

L’interview

Gérald Bronner a répondu à nos questions ! Découvrez son interview en vidéo.

Durée : 2min36

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Rendez-vous en terre scientifique avec Gérald Bronner

Comment la sociologie peut-elle aider à comprendre les peurs et croyance autour de l'énergie ?

Gérald Bronner : La sociologie n'est pas là pour apaiser ou amplifier les controverses, elle est là pour, surtout, les comprendre. Donc ce qu'on peut apporter de mieux, c'est d'essayer de comprendre les raisons de nos concitoyens. Ce n'est pas forcément leur donner raison, mais reconstruire leur univers mental, c'est à dire culturel, mais aussi cognitif et parfois économique, qui explique que la vie, l'opinion publique ne va pas toujours dans le sens du consensus scientifique, dans certains cas. Et je pense que dans cette compréhension, on peut quand même trouver des sources de communication pour rendre plus efficace la défense de la rationalité quand il y a lieu. 

Quels sont les principaux défis sociologiques auxquels le secteur de l'énergie doit faire face aujourd'hui ?

Les principaux défis du point de vue de la sociologie sont les usages et notamment l'acceptabilité d'un certain nombre d'innovation technologiques. Je pense à l'électrification. Par exemple, la voiture électrique rencontre encore des problèmes d'acceptabilité, alors que cette technologie progresse beaucoup, mais que cette progression n'est pas toujours bien vue par la plupart des nos concitoyens. Donc il y a un travail à faire dans ce domaine notamment. 

Pouvez-vous nous parler de votre rôle au sein du Conseil Scientifique d'EDF ?

Mon rôle au sein du Conseil Scientifique d'EDF, c'est celui d'un sociologue : comprendre les questions d'acceptation, de perception des risques notamment car je travaille sur les croyances collectives. Il y a plein de croyances autour de la question de l'énergie, de sa consommation. 

Avez-vous contribué à des projets de recherche avec la R&D d'EDF ?

J'ai travaillé une fois, et c'était tout à fait stimulant, avec la R&D d'EDF dans le cadre d'une exposition artistique donnée à la fondation EDF. L'idée c'était d'essayer de recueillir l'imagination du futur de la part de nos concitoyens. Et les ingénieurs EDF, en utilisant des IA, ont permis de recueillir ces récits : comment voyez-vous l'an 2100 ?

Avez-vous un message pour les chercheurs de la R&D d'EDF ?

Le message pour les chercheurs, pas uniquement pour ceux de la R&D d'EDF d'ailleurs, c'est qu'ils ont une mission sociale en plus de leur mission de recherche. Il ne faut pas qu'ils aient peur de communiquer, de prendre toute leur place dans l'espace public. Parce que la fausse information, notamment sur des questions énergétiques s'y diffuse : le climato-scepticisme, etc... Donc à mon avis, il faut avoir toujours en tête qu'il ne faut pas laisser la chaise vide, puisque le mal n'a pas besoin d'autre chose pour s'imposer que de l'apathie des gens de bien et de raison. Donc prenons toute notre place.

Sociologue réputé, Gérald Bronner consacre ses recherches aux croyances collectives, à l’épistémologie des sciences sociales, ou encore aux représentations sociales. Membre de l'Académie des technologies, Gérald Bronner est également l'auteur de nombreux ouvrages qui ont marqué le débat public et sont devenus des références pour comprendre les enjeux de notre temps. Parmi ses publications : « L’empire des croyances » (2003), « La Démocratie des crédules » (2013), « Apocalypse cognitive » (2021) et plus récemment, « À l’assaut du réel » (2025). En 2021, il a présidé la commission « Les Lumières à l'ère numérique », chargée par le gouvernement d’étudier les dérives informationnelles en ligne (complotisme, fake news...). Depuis 2018, il est membre du Conseil Scientifique d’EDF.