Agir au quotidien

Au quotidien, les gestes les plus efficaces contre le climat progressent lentement

Des pratiques de consommation qui évoluent lentement

Les gestes pratiqués le plus systématiquement par la population mondiale sont le tri des déchets (48 %) et le primat donné aux fruits et légumes de saison (44  %)(1). Viennent ensuite, mais à des niveaux moindre (moins d’un tiers des répondants) la limitation du chauffage ou de la climatisation, l’attention au suremballage des produits et le fait de privilégier les transports en commun.

En revanche, lorsque l’on aborde la question des déplacements individuels, de la consommation de viande ou des achats d’occasion, les taux dépassent rarement 20 %.

Tous ces gestes contribuent peu ou prou à lutter contre le réchauffement climatique, mais avec des effets de levier très différents. Ainsi, privilégier les fruits et légumes de saison économise du transport et de la culture sous serre, mais l’effet sur la production de gaz à effets de serre est moindre que le fait de réduire sa consommation de viande. Or, cette seconde pratique est deux fois moins répandue que la première.

On peut avancer trois raisons :

  • Tous ces gestes ne demandent pas le même niveau d’effort aux ménages selon leur situation sociale et géographique, notamment en ce qui concerne les déplacements, souvent sous contrainte (distances, absence de transport en commun) ; mais on pourrait en dire autant de la consommation de viande, qui répond à des modèles culturels différents selon les pays et les milieux sociaux.
  • L’enjeu climatique est concurrencé par celui des déchets, qui est premier dans la plupart des pays, et qui justifie une implication au quotidien en faveur du tri et contre le suremballage.
  • Certains gestes répondent au moins autant au souci de ne pas gaspiller ou de faire des économies, qu’au souci climatique : ainsi du chauffage, qui n’est identifié comme contributeur important au changement climatique que par 21 %, mais qui pèse sur les budgets familiaux.

Il faut tout de même souligner des évolutions positives. La consommation des fruits de saison gagne du terrain par rapport à 2019 (44 %, +4 pts). L’intérêt frémit également pour les énergies de chauffage renouvelables (19 %, +3pts par rapport à 2019). On note des progrès dans le domaine des déplacements individuels depuis deux ans (voiture, avion), mais une légère modification des items entre 2020 et 2021 incite à la prudence.

En revanche, contrairement à ce que l’on voit dans les grandes villes, la pratique quotidienne du vélo, à l’échelle de la planète ou d’un pays comme la France, ne progresse pas (17 %). Autre recul : la consommation de viande ne semble pas diminuer, de l’aveu même des consommateurs.

 

Une difficulté à identifier tout ce qui nuit réellement au climat

Ce décalage entre l’urgence ressentie en faveur du climat et des gestes quotidiens finalement peu efficaces repose donc, en partie, sur un manque d’information sur les causes du changement climatique, alors même que les individus n’ont pas conscience d’être mal informés. 71 % des citoyens-consommateurs ont ainsi le sentiment de savoir ce qu’ils peuvent faire à leur niveau contre le changement climatique. 23 % ont même tout à fait ce sentiment, notamment parmi les jeunes.

On a mentionné dans l’étude de 2020 que les émissions de CO2, par exemple, n’étaient citées que par 62 % comme cause du changement climatique, tandis que des facteurs inexacts comme la production de chaleur ou le trou de la couche d’ozone étaient encore mentionnés par respectivement 43 % et 32 %. En 2021, on constate que pour la très grande majorité du public, les émissions de CO2 sont avant tout le fait de l’industrie, des centrales fossiles, de la déforestation et des transports, soit pour les trois premiers, des facteurs sur lesquels les consommateurs n’ont pas de prise directe. Le chauffage, on l’a vu, apparaît en revanche comme secondaire.

Mais il y a surtout deux secteurs qui sont très minorés : l’agriculture et le numérique, dont les émissions dépendent directement, au moins en partie, des modes de consommation et de vie. Ces deux secteurs ne semblent pas connectés à la question climatique. C’est peut-être ce qui explique que la moindre consommation de viande ne progresse pas, outre des facteurs culturels et sociologiques plus complexes

 

Le climato-scepticisme est un frein à l’action quotidienne

Le climato-scepticisme ne recule pas vraiment à l’échelle mondiale, et il a un impact sur les comportements quotidiens. Alors que les climato-convaincus sont 45 % à avoir déjà engagé au moins 4 actions au niveau individuel, les climato-sceptiques ne sont que 29 %. 28 % d’entre eux ne font aucun geste, 48 % parmi ceux (9 %) qui nient même l’existence d’un changement climatique. On a vu plus haut que le climato-scepticisme déformait la réalité perçue des évolutions du climat. Il incite donc logiquement à refuser un changement de mode de vie : seuls 32 % des sceptiques l’envisagent contre 62 % des convaincus, même si on ne peut pas décrire ces personnes comme totalement indifférentes à l’environnement.

 

Une tolérance limitée aux contraintes sur les modes de déplacements, notamment en Europe

D’un côté, les gouvernements sont appelés à agir et à légiférer. De l’autre, le niveau d’acceptabilité des mesures envisageables reste faible quand leur impact sur les citoyens est très contraignant.

À l’échelle mondiale, les mesures ciblant la voiture sont celles qui recueillent l’acceptabilité la plus faible, certes souvent supérieure à 50 %, mais rarement supérieure à 60 % (63 % pour le malus écologique). Autrement dit, assez loin des seuils de consensus nécessaires pour les faire adopter sans encombre par les gouvernants.

Mais c’est à l’échelle européenne et nord-américaine que les réticences apparaissent les plus vives. Un regard sur le taux d’utilisation de la voiture selon les continents suffit à expliquer ces résultats. 75 % des Européens et 85 % des Nord-Américains utilisent leur voiture au moins plusieurs fois par semaine, contre 62 % des Asiatiques et 44 % des Sud-Américains.

À l’échelle mondiale les mesures concernant la voiture sont jugées logiquement moins acceptables par les personnes y ayant recours quotidiennement ou presque, mais la situation de dépendance à la voiture ne joue pas tant qu’attendu sur les réponses. Une majorité des conducteurs quotidiens juge acceptable la limitation d’accès aux cœurs de villes (53 %), ou l’interdiction de vente des voitures thermiques (55 %).

La situation en Europe est très différente car les conducteurs réguliers y sont à la fois très nombreux et très réticents à toute mesure pénalisant l’automobile. Sur l’interdiction des moteurs thermiques, par exemple, les Européens sont particulièrement peu enthousiastes (46 % vs 58 % dans le monde), alors que cette mesure est à l’agenda du Green Deal européen (mais le savent-ils ?). L’idée des péages urbains y est également très impopulaire (34 %) et la limitation des centres urbains aux voitures hybrides ou électriques n’est soutenue que par 44 %.

De la même façon, les mesures qui ont un impact financier sont mal acceptées : l’augmentation des taxes sur les déchets ménagers ou la taxe sur les billets d’avion ne sont acceptables qu’à hauteur respectivement de 51 % et 48 %. On note aussi, et assez logiquement, que les mesures contraignantes financièrement, comme la taxe carbone, sont mieux acceptées par les personnes à hauts revenus. Mais ce qui frappe de nouveau est la résistance européenne plus forte à cette taxe (50 % contre 52 % au global en 2020).

Une exception toutefois : le malus écologique qui frappe les voitures polluantes est entré dans les mœurs et est accepté par 63 % (mais 54 % en Europe…). Deux autres mesures semblent bien acceptées partout : l’interdiction des vols de courte distance quand le train est une alternative (65 %) et l’obligation faite aux propriétaires d’isoler leur logement (61 %).

 

(1) Le tri des déchets est une pratique très occidentale : 69 % des Européens et 55 % des Nord-Américains le font systématiquement, contre seulement 39 % en Asie et 26 % en Afrique / Moyen-Orient. Sur le continent américain, la saisonnalité des fruits et légumes mobilise dans les pays du sud (57 %), beaucoup moins au nord (Canada et USA) : 33 %.