Obs'COP 23, quels enseignements tirer de cette enquête internationale sur le climat ?

Face à la survenue des évènements climatiques, les migrations sont anticipées et le climatoscepticisme ne progresse plus. Sans être plus inquiètes, les populations somment les gouvernements à agir, mais sans vouloir renoncer à leurs modes de vie. Une sorte de « en même temps » appliqué à la lutte pour le climat.

En tant qu’acteur majeur du secteur énergétique au niveau mondial et engagé pour la neutralité carbone d’ici 2050, EDF présente les résultats d’une étude d’opinion d’ampleur inédite menée pour la 5ème année consécutive par Ipsos dans 29 pays* sur les cinq continents, comptant les deux tiers de la population mondiale et parmi lesquels figurent les plus importants émetteurs de CO₂. EDF réalise ainsi chaque année un état des lieux international des opinions, connaissances, attentes et niveaux d’engagement face au changement climatique pour nourrir la réflexion et participer à la recherche constructive de solutions pour l’avenir.

Voir la page méthodologie

Information 01

Inforgraphie Obs'COP 23 - Priorités par pays - Détails ci-dessous

Les pays du Nord, voire d'Asie, continuent à déclarer leur attention à l'environnement compte tenu du niveau de développement de leur économie, et ce, malgré la crise inflationniste, la pression des thématiques sécuritaires ou migratoires, en Europe particulièrement. Dans ces pays, la lutte contre le changement climatique est considérée comme la priorité absolue. Mais la croissance économique reste un acquis auquel les gens ne veulent pas renoncer, cherchant à concilier celle-ci avec l'environnement.

Dans les pays du Sud, l'environnement influe sans doute plus négativement sur la vie quotidienne qu'au Nord, compte tenu du niveau des infrastructures et du niveau de vie plus faible des populations. Pour autant, le chômage, la criminalité ou la corruption minent ces pays à un point qui renvoie l'environnement à un statut secondaire. De même pour le climat, dont les conséquences peuvent être dramatiques, mais qui pâtit d'une concurrence des pollutions, lesquelles, pour le moment, paraissent plus urgentes à endiguer.

Le niveau de préoccupation individuelle face au climat est élevé, puisque 43 % se situent sur les deux échelons les plus hauts de l'échelle d'inquiétude. Mais on ne mesure pas d'évolution en un an sur cet indicateur, qui décrit toujours l'Amérique du Sud comme la plus préoccupée, à l'inverse de l'Europe et de l'Amérique du Nord.

Information 02

Bien que ces effets se fassent sentir sur l'ensemble de la planète, le changement climatique ne semble pas marquer les habitants de l'hémisphère Nord avec autant d'intensité que ceux des pays du Sud. Pourtant, les perceptions des évènements climatiques sont très homogènes : les fortes chaleurs sont ressenties partout.

Les Français sont particulièrement marqués par les canicules et les sécheresses. Mais il semblerait que leur mémoire soit assez sélective et ne retienne que les catastrophes les plus récentes.

Au niveau mondial, c'est davantage l'accumulation des catastrophes que leur nature qui suscite l'inquiétude. Un acquis, enfin : celles-ci sont partout attribuées au changement climatique.

Information 03

L'intensification des catastrophes climatiques provoque quelques infléchissements des indicateurs d'anxiété face à l'avenir, mais pas dans des proportions qui inversent les rapports de force :

  • 40 % de la population mondiale, surtout dans les pays du Nord, continue d'être partagée sur les conséquences futures du changement climatique ;
  • 43 % sont très inquiets, notamment dans les pays du Sud, mais ce taux n'a pas progressé depuis un an.

La vulnérabilité des pays aux conséquences des catastrophes climatiques est intimement ressentie par les habitants, puisqu'elle stimule leur niveau d'inquiétude face au phénomène. Pour autant, la vulnérabilité au changement climatique n'influe pas sur la crainte de ses conséquences futures, comme si leur relativisation servait de mécanisme de défense.

Le climatoscepticisme stagne plus qu'il ne régresse. Là aussi, il prospère autant parmi les pays vulnérables que parmi les pays plus résilients. Il n'est peut-être plus aussi crucial de s'en alarmer quand on constate qu'il a peu d'influence sur les attitudes des populations.

L'éco-anxiété touche 30 % des habitants dans le monde. Elle concerne davantage les Asiatiques ou les Américains que les Européens.

Infographie Obs'COP 23 - Effets constatés du changement climatique - Détails ci-dessous
Information 04

Dans les pays du Sud, la crainte d’être contraint de changer de lieu d’habitation à cause du changement climatique est très présente. Il y a également une appréhension dans certains pays du Nord.

35 % des habitants dans le monde pensent être contraints de déménager d'ici 10 ans à cause du changement climatique

Infographie Obs'COP 23 - Carte des risques de migration dûe au changement climatique

Mais c’est la crainte de voir affluer des migrants climatiques en grand nombre qui inquiète fortement, en particulier dans les pays déjà soumis à une pression migratoire (dont la France) ou qui s’attendent à de nombreux déplacés de l’intérieur (comme l’Inde).

64 % des habitants dans le monde pensent que leur pays fera face à un grand nombre de migrants climatiques dans les années à venir

Infographie Obs'COP 23 - Carte des prévisions de migrations climatiques

Dans la majorité des pays interrogés, l’accueil des réfugiés se voit opposer un refus très clair des populations lorsqu’ils viennent de l’étranger.

Information 05

L'injonction faite aux populations de changer leur mode de vie atteint de plus en plus ses limites. Les populations considèrent que la clé du sauvetage climatique est entre les mains des gouvernements, beaucoup moins à la main des citoyens.

Pour autant, ceux-ci déclarent de plus en plus faire des efforts pour consommer de façon plus écologique, notamment en renonçant davantage à la voiture.

L'Europe a été contrainte à la sobriété énergétique, mais celle-ci semble entrer dans les habitudes. La France apparaît en pointe dans ce mouvement, ainsi que pour limiter le recours à la voiture. Il faudrait néanmoins que l'information des consommateurs soit plus précise, afin de les amener à prioriser les efforts sur les vrais leviers de de décarbonation des usages.

Information 06

L'acceptabilité des politiques climatiques, notamment lorsqu'elles contraignent les libertés individuelles, est le vrai point noir de cette étude :

  • Dans les pays à PIB élevé notamment, les politiques visant à restreindre le coût ou la liberté de circulation en voiture se voient opposer un refus catégorique.
  • Les seules ouvertures concernent l'interdiction des vols courte distance et le malus écologique. Mais la taxe carbone sur les énergies, compte tenu du contexte inflationniste que connaissent toutes les économies, est hors de question, notamment en Europe.
  • Autre point de crispation : la remise en cause de la maison individuelle, inacceptable particulièrement en France.

Certaines décisions concernant les infrastructures sont acceptables dans un assez grand nombre de pays, dont la France : ne plus construire d'aéroports ou d'autoroutes supplémentaires.

L'autre versant des politiques climatiques (celles qui concernent l'adaptation au changement) n'est pas très visible de la part du public mondial, à part dans quelques pays qui semblent pionniers et situés plutôt en Asie.

Dans le domaine énergétique, la donne ne change réellement que pour le nucléaire qui poursuit son retour en grâce, notamment en Europe.