12 nov 2013

Passer à l’ère de l’efficience énergétique

Fin des années 90, la Suisse s’est lancé le défi de consommer moins et de réduire sa dépendance énergétique. Par une mobilisation conjointe des pouvoirs publics, d’entreprises et de partenaires publics et privés, des projets innovants ont vu le jour. Comme l’explique Claude Haegi, président de la FEDRE et ancien maire et président du Gouvernement du Canton de Genève, cette dynamique a été l’occasion pour tous les opérateurs d’entrer dans l’ère de l’efficience énergétique.

 
Sur quels leviers la dynamique énergétique a-t-elle été impulsée en Suisse ?
 
Il y a quinze ans, la Suisse s’est donnée comme objectif de passer d’une société de 6500 watts à 2000 watts, soit de diviser par trois sa consommation d’énergie annuelle. Ce n’était pas une notion à prendre au sens mathématiques, mais un signal fort donné conjointement par les milieux scientifiques et politiques pour consommer moins. Ce signe a été émis précocement en Suisse parce que le pays s’est senti plus menacé que d’autres par une dépendance énergétique, et il visait autant les entreprises très consommatrices d’énergie que la population. Réduire sa consommation était donc une première étape de cette politique énergétique. Lorsque nous sommes passés à la pratique, il est devenu évident que nous ne pouvions pas nous contenter d’une diminution quantitative de la consommation mais bien de favoriser l’efficience. Cela nous conduit aujourd’hui à mettre en place plusieurs innovations prometteuses. Il s’agit d’expériences à l’étude comme la futuriste valorisation de carbone atmosphérique d’origine humaine ou un système de chauffage urbain à base de CO2 ou encore la prochaine réalisation de réseaux thermiques chaud-froid alimentés par l’eau du lac Léman.*
 
Précisément, en quoi l’efficience se distingue-t-elle de l’efficacité énergétique ?
 
L’efficacité consiste à consommer moins à service égal. Alors que l’efficacité énergétique permet d’enregistrer des gains en volume, l’efficience ajoute une dimension économique. Atteindre l’efficience, c’est assurer un rapport positif entre un investissement donné et le résultat obtenu. Aujourd’hui, dans un contexte économique tendu, l’entreprise ne peut plus se contenter de viser l’efficacité, elle doit passer à l’efficience pour perdurer. On constate à quel point par l’adaptation de ses infrastructures et de ses modes de gestion, elle peut atteindre des résultats économiques positifs. Parce que l’énergie fait partie de ses charges inhérentes, c’est un poste sur lequel l’entreprise a d’autant plus de motivations à réaliser des gains financiers.
 
Pourquoi cette notion va continuer à devenir structurante pour l’entreprise à l’avenir ?
 
Nous sommes à un tournant énergétique. L’Europe est plongée dans l’incertitude concernant les sources énergétiques de demain. Nous avons compris depuis plusieurs années à quel point il est important de gérer l’énergie autrement. Devant ce climat incertain et un prix de l’énergie en Europe plus cher qu’aux États-Unis, les entreprises sont incitées à faire un meilleur usage de l’énergie. Pour lever le maximum d’incertitudes et réduire notre dépendance au prix de l’énergie, le choix ne se pose plus et les démarches d’efficience deviennent encore plus urgentes. Toutes les entreprises (secteur primaire, secondaire ou tertiaire) qui ne feront pas le choix de l’efficience se mettront demain en danger.
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