Une stratégie de gestion des barrages selon les saisons

La chaîne hydraulique Durance-Verdon fonctionne comme un système intégré : 16 barrages et 23 centrales reliés par un canal. Les barrages de Serre-Ponçon, Castillon et Sainte-Croix fonctionnent comme des réservoirs principaux qui vont alimenter en eau les centrales hydroélectriques à la file. Ainsi, chaque goutte d’eau est valorisée plusieurs fois, successivement, par toutes les centrales, depuis les retenues de la Durance et du Verdon, jusqu’à l’étang de Berre. 

  • En hiver, les besoins électriques sont importants, le niveau des lacs baisse pour produire de l’énergie.
  • Au printemps, les lacs se remplissent grâce aux pluies et à la fonte des neiges. A cette période, les besoins en eau pour l’irrigation augmentent. 
  • En été, la priorité de gestion de la chaîne est donnée à l’irrigation, dont les besoins sont à leur maximum, et au bon déroulement de la saison touristique. Le niveau des lacs va baisser graduellement au cours de la saison tout en conservant autant que possible un état compatible avec les activités estivales. 
  • A l’automne, le niveau des lacs est creusé pour accueillir les pluies et limiter les risques de crue. Les lacs vont alors se remplir et se préparer aux besoins de l’hiver, puis le cycle recommence. 

Cependant, aucune année ne ressemble à la précédente. EDF doit composer et s’adapter à la nature et ce qu’elle offre… ou non ! Il faut donc prévoir, anticiper et gérer ces volumes d’eau avec précision, tout en prenant en compte de nombreux autres usages de l’eau. De l’hiver à la fin de l’été, une gestion prévisionnelle des réservoirs est ainsi assurée en fonction des contraintes climatiques de l’année en cours.

Le défi de la gestion concertée de l’eau : un équilibre permanent

Produire une énergie renouvelable et très faiblement émettrice de gaz à effet de serre, mobilisable en quelques minutes pour sécuriser le réseau, c’est la vocation première des barrages. Mais l’eau est un bien commun qu’il est nécessaire de partager. L’eau stockée dans nos retenues est aussi vitale pour de nombreux usages régionaux. Ainsi, EDF Hydro Méditerranée prend en compte et adapte en permanence sa gestion pour garantir le partage de l’eau entre tous les utilisateurs :

  • Agriculture : 80 000 hectares de terres irrigués grâce à des prises d’eau sur nos ouvrages. 
  • Eau potable : pour 3 provençaux sur 5, soit 3 millions d’usagers.
  • Industrie : eau nécessaire à près de 400 entreprises. 
  • Environnement : notamment en garantissant le débit réservé, un débit en rivière délivré 24h/24 à l’aval des barrages pour préserver la faune et la flore des rivières ; ou en respectant les dispositions en place pour préserver l’équilibre écologique de l’Etang de Berre.
  • Tourisme : en atteignant au 1er juillet et en conservant des niveaux des lacs compatibles avec les activités touristiques pendant la période estivale.

En cas de situation exceptionnelle, c’est l’Etat et notamment le préfet qui décide de restrictions ou d’arrêtés en concertation avec toutes les parties prenantes de l’eau. 

Une gestion prévisionnelle, pas une improvisation

Cette gestion commence bien avant que l’eau ne s’écoule dans les rivières. C’est d’abord une science de la prévision. 

EDF a développé un savoir-faire reconnu en matière de modélisation hydrologique et de prévision de débit, du court terme (quelques jours) au moyen terme, c’est-à-dire la prévision d’apport de fonte saisonnière. EDF utilise des stations, mesurant les températures, les apports directs de pluie, le stock de neige et les débits des cours d’eau. En complément, EDF dispose de chroniques hydrologiques et météorologiques accumulées depuis plus de 60 ans. A partir de modèles hydrologiques et de toutes ces informations, EDF réalise des prévisions et scénarii d’apports en eau entrant dans les lacs. 

EDF tient également compte des besoins en électricité et des besoins de prélèvements en eau pour tous les autres usages. Ce, en s’assurant que l’exploitation des aménagements soit faite en toute sûreté. Toutes ces exigences, besoins et données sont ainsi intégrées et exploités par EDF via des modèles informatiques sophistiqués pour élaborer des trajectoires prévisionnelles de remplissage des lacs. 

Ainsi, selon les résultats des simulations, les équipes d‘EDF Hydro Méditerranée prennent ensuite des décisions de gestion : produire de l’électricité ou stocker l’eau ? Prioriser le remplissage des lacs ? Déstocker pour anticiper un épisode de crue ? quel débit nécessaire pour les autres usages ? Chaque choix est stratégique et repose sur des calculs précis avec une vision sur le moyen terme. 

Tous les 15 jours, ces trajectoires sont réactualisées avec de nouvelles données qui sont partagées avec tous les acteurs de l’eau : services de l’Etat, CED, syndicats d’irrigants, SCP, SMAVD, SMADESEP, PNR Verdon, collectivités…

C’est une gestion fine, prudente et concertée, où la technologie rencontre l’expérience et où chaque décision vise un objectif : partager l’eau entre tous les usages et produire une énergie propre, en toute sécurité.

L’hydroélectricité : un atout face au défi climatique

Les effets du changement climatique peuvent bouleverser à terme le cycle de l’eau : fonte des neiges plus précoce, étiages prolongés, moins de pluie… 

EDF s’engage pour anticiper les conséquences du changement climatique sur la gestion de l’eau, en particulier pour rendre les usages plus résilients à la raréfaction de la ressource en eau. Depuis plusieurs années, EDF renforce ainsi ses outils de prévision et adapte ses pratiques pour préserver la conciliation des usages.

Même si la ressource en eau venait à diminuer, nos ouvrages seront là pour la stocker et la redistribuer au meilleur moment. Il est en revanche évident qu’il faudra s’adapter collectivement à ces bouleversements qui ne concernent pas uniquement l’usage énergétique.

L’hydroélectricité reste plus que jamais une énergie pertinente sur le long terme et l’un des leviers essentiels dans la lutte contre le changement climatique, en contribuant à la réduction des émissions de gaz à effet de serre. C’est la première source d’électricité renouvelable en France, un des piliers d’un mix énergétique bas-carbone et, grâce à sa flexibilité et son caractère pilotable, une énergie fondamentale pour permettre l’intégration de nouvelles énergies renouvelables.