Arnaud Grandjean, road to Tokyo 2020 !

16 sep. 2019

Arnaud Grandjean, road to Tokyo 2020 !

Ingénieur-chercheur à la R&D d'EDF, Arnaud Grandjean ambitionne une sélection aux prochains Jeux Paralympiques de Tokyo 2020 ! Portrait d'un paratriathlon.

Arnaud, pourrais-tu te présenter et décrire ta discipline ?

Je suis ingénieur-chercheur à la R&D d'EDF, j’ai 32 ans et je pratique le paratriathlon depuis 2013. Le paratriathlon c’est le triathlon (natation, cyclisme et course à pied le tout enchaîné) destiné aux personnes en situation de handicap physique ou sensoriel (déficience visuelle). Je suis moi-même malvoyant et reconnu travailleur handicapé et j’ai donc besoin d’un guide pour concourir, il m’accompagne sur les trois disciplines.

En course, nous devons systématiquement être lié mon guide et moi : par un lien élastique accroché au genou en natation, nous nageons côte à côte, par l’intermédiaire du tandem en vélo et par une cordelette accrochée à la ceinture en course à pied. C’est un vrai sport d’équipe qui rajoute de l’intérêt au triathlon en individuel !

En outre, nous évoluons systématiquement sur distance sprint (750m de natation, 20km de cyclisme et 5km de course à pied), course d’une durée d’1h environ et donc assez intense.

Tu as des ambitions de haut niveau, les Jeux Paralympiques ! Quelles sont les étapes pour y arriver?

En effet, même si les performances des athlètes handisport sont moindres (sur le plan chronométrique) que les athlètes élites valides, les exigences du paratriathlon sont très voisines de celles des triathlètes médiatisés. Pour prétendre à une sélection paralympique, il faut tout d’abord intégrer le Top 9 mondial dans sa catégorie de handicap (je suis actuellement 10e) sur la période de qualification qui débute fin juin 2019 et qui dure un an. Cette position dans le Top 9 ouvre un quota non nominatif à la Fédération Française de triathlon. A l’issue de cette période (donc début juillet 2020), c’est au Comité Paralympique et Sportif français (CPSF, dont Marie-Amélie Le Fur, salariée EDF et membre de la Team éponyme, est présidente), de valider ou non la sélection d’un(e) sportif(ve) dans les catégories où des quotas sont ouverts si celui(celle)-ci est en mesure d’être médaillé(e). Ce dernier critère découle des ambitions dictées par le Ministère de la Jeunesse et des Sports.

Comment te prépares-tu et comment t’organises-tu ?

Je m’entraîne entre 15h et 22h par semaine (davantage en période de stages) et j’ai la chance d’avoir le soutien de ma hiérarchie et un aménagement horaire conséquent élaboré en concertation avec elle et la Fédération Française de triathlon. Cet aménagement est indispensable pour être compétitif vis-à-vis des autres paratriathlètes (certains sont d'ailleurs professionnels) et pour encaisser cette charge d’entraînement. En règle générale, je nage 4 fois/semaine (15km et plus), roule entre 3 et 5 fois (250km/semaine et plus) et cours 3-4 fois/semaine (40km et plus). J’emmène avec moi des collègues sur la pause méridienne ce qui me permet d’avoir des sparring partners, très appréciable pour entretenir la motivation ou tout simplement discuter pendant les footings !


Au cours du mois d'août a eu lieu en plein cœur de Tokyo (Odaiba Bay) le "test event", autrement dit la course d'essai des installations à un an des Jeux Olympiques et Paralympiques à laquelle Arnaud et son guide Toumy ont participé. Retour sur cette nouvelle étape de préparation.

A l'issue du stage estival de onze jours réalisé à Bourges du 29 juillet au 8 août avec l'ensemble de l'équipe de France de paratriathlon, Arnaud et Toumy se sont retrouvés en petit comité (4 athlètes et 5 encadrants) le 10 août à l'aéroport Charles de Gaulle pour se rendre à Tokyo Haneda.

Racontes-nous ton voyage au Japon ?

A notre arrivée sur place, nous avons pris la direction de Fujikawaguchiko, une ville de 26 000 habitants située à un peu plus de deux heures de route de Tokyo au pied du mont Fuji. Sur place, nous avons pu valider pendant quatre jours des lieux d'entraînement concernant la natation, le cyclisme et la course à pied dans un décor grandiose et en même temps digérer le décalage horaire. Ce site sera très certainement celui du camp de base de l'équipe de France de paratriathlon l'année prochaine avant les Jeux Paralympiques.

Le jeudi, après une matinée d'entraînement, nous sommes repartis à Tokyo et nous avons pris nos quartiers dans un hôtel proche du lieu de course, hôtel qui accueillait déjà les triathlètes valides de l'équipe de France qui avaient également fait le déplacement pour le test event mais dont le très probable camp de base sera situé ailleurs que Fujikawaguchiko.

A noter que sur Tokyo régnaient à la fois une chaleur et une humidité élevées ainsi que des averses importantes qui pouvaient remettre en question la tenue des épreuves (notamment la partie natation).

Le vendredi matin avait lieu les reconnaissances des parcours vélo et natation. Nous avions décidé de ne pas faire la seconde à cause des risques de contamination potentielle liée aux précipitations de la veille.

Des conditions climatiques difficiles...

Notre course était prévue samedi matin, 6h30 heure japonaise, mais nous avons été prévenus à notre réveil que les conditions de l'eau (présence d'e-coli en quantités trop importantes) rendaient la natation impossible : le test event s'est donc transformé en duathlon : 2,5 km de course / 20 km de vélo / 5 km de course à pied.

Malgré les dispositifs mis en place (cryo veste, arrosages fréquents...), j'ai connu une véritable défaillance du fait de la chaleur. Partis prudemment sur la première partie pédestre comme nous l'avait recommandé les entraîneurs nationaux, nous sortons 11e à l'issue de la première transition (les athlètes aveugles partent avec une avance de 3min04s sur un duathlon) et nous entamons le vélo avec pour objectif de réduire les écarts sur nos prédécesseurs. A l'entame du deuxième des cinq tours vélo, j'ai commencé à ressentir des crampes d'estomac et à me rendre compte que mon rythme cardiaque était trop élevé. J'ai cherché à rectifier le tir tout en faisant de mon mieux sur le tandem mais j'ai vite compris que je n'étais pas dans un grand jour.

Le vélo déposé à la seconde transition en 8e position, nous entamons les derniers 5 km pédestres et les crampes intestinales ne me lâchent pas : je donne mon maximum mais suis bien en deçà des allures cibles de course.

Nous parvenons à revenir sur les canadiens mais nous ne pourrons pas remonter de place supplémentaire. Nous finissons à une décevante 7ème place mais qui correspond à ma condition du jour J sur un format duathlon qui nous complexifie les choses par rapport aux concurrents aveugles.

Cela dit, de cette expérience décevante, nous allons en tirer de riches enseignements. Un stage de préparation non encore assimilé et une chaleur tokyoïte très exigeante sont sans doute les deux éléments responsables de cette contre performance. Plusieurs autres surprises ont eu lieu chez les paratriathlètes et chez les valides, aussi me dis-je qu'il sera possible de mieux la supporter à condition de prévoir des stages d'acclimatation dans ma préparation de la saison prochaine, et ce, dès cet automne.

Quelle est la suite de la préparation et les prochains événements sportifs ?

Avant la série de course de seconde partie de saison, s'il avait fallu choisir une course ratée j'aurais coché le test event, maintenant que nous sommes au pied du mur, nous n'en sommes que plus motivés pour performer sur les prochains objectifs qui arrivent très vite.

Le maître-mot est à présent de récupérer pour recharger les batteries en vue du point d'orgue de la saison 2019 : les championnats du monde disputés à Lausanne le 1er septembre prochain.

La route pour la qualification aux Jeux Paralympiques est encore longue, rien n'est encore écrit et nous avons pleinement notre destin entre nos mains. Nous n'allons rien lâcher quoi qu'il arrive, comptez sur nous !


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