Le climat comme priorité

Malgré la pression sur le pouvoir d’achat à l’échelle mondiale, un virage environnemental de l’économie demeure une option souhaitable

Ni relégué, ni prioritaire : l’environnement concurrencé par le quotidien

Alors que la pandémie de Covid marquait une accalmie début septembre au moment de l’enquête, l’économie faisait son retour, partout dans le monde, poussée par la flambée des prix des matières premières, de l’énergie et de l’alimentation. À l’échelle mondiale, la question du coût de la vie se hisse cette année à la première place du classement des priorités (52 %, +5pts), à égalité avec le Covid, qui régresse de 7 points. Le pouvoir d’achat s’est particulièrement imposé en Espagne, Allemagne, Canada, Chine, Turquie…

La pauvreté arrive en 3e position (47 %, +2) et le système de santé en 4e (43 %, =) : la tonalité des préoccupations actuelles est clairement économique et sociale.

L’environnement n’arrive que dans un second temps à 41 %, un score appréciable si on considère qu’il égale, voire dépasse, des inquiétudes aigues comme le chômage ou la délinquance. On peut aussi constater que l’épidémie de Covid n’a pas déclassé l’enjeu environnemental.

Mais avec 59 % des interviewés qui ne choisissent pas cet item, on peut dire aussi que six habitants de la planète sur dix ne sont pas réellement mobilisés par cet enjeu(1) , alors que, dans le même temps, 56 % d’entre eux ont le sentiment de vivre dans un environnement dégradé. On voit donc à quel point l’environnement, enjeu de long terme, est régulièrement concurrencé par des priorités de court terme, néanmoins vitales : la crise sanitaire, aujourd’hui le pouvoir d’achat. Et il continue d’être secondaire pour les populations à faible revenu (36 %), pour qui la priorité reste la pauvreté et le chômage.

L’Amérique du Sud et l’Europe, avec notamment l’Espagne et la France (54 % et 50 %), sont les zones géographiques les plus mobilisées pour l’environnement, au contraire de l’Asie (39 %) et surtout, des pays d’Afrique et du Moyen-Orient (30 %). L’environnement reste peu cité au Japon (28 %), États-Unis (33 %), Pologne (37 %), Norvège (39 %) et en Australie (40 %). Autre constat à l’échelle mondiale : les plus de 65 ans se montrent plus sensibles à l’environnement que les plus jeunes (mais c’est l’inverse en Europe).

 

Priorité à l’environnement ou à la croissance : un choix difficile

Le magistère moral de l’environnement se vérifie pourtant avec une question qui propose aux interviewés un dilemme entre deux options de politique économique. La première est d’inspiration écologiste (« on devrait donner la priorité à l’environnement même si cela peut ralentir la croissance économique de votre pays et faire perdre des emplois ») ; l’autre est d’essence libérale ou classique (« privilégier la croissance économique et [les] emplois même si cela peut avoir des conséquences néfastes pour l’environnement »).

Les résultats à l’échelle mondiale produisent une courte majorité de 50 % en faveur de l’environnement, contre 35 % en faveur de la croissance, tandis qu’une personne sur six (15 %) refuse de prendre position. Ce taux élevé de sans opinion indique qu’une partie du public ne se retrouve pas dans cette alternative, notamment au Japon (33 %), en France (22 %), en Belgique (25 %), au Brésil, en Pologne, en Arabie-Saoudite (21 %).

Le score moyen de 50 % en faveur de l’environnement cache des disparités importantes :

  • entre pays, signe que ce choix n’a pas le même sens partout. Ainsi l’environnement surclasse très nettement la croissance dans tous les pays d’Amérique du Sud, en Turquie et en Chine. À l’inverse, les pays d’Afrique, ainsi que le Japon et l’Indonésie, défendent ardemment la croissance.
  • entre les milieux sociaux, ce qui n’est pas une surprise : plus on est de milieu social et de niveau d’éducation élevés, plus on choisit l’environnement.

En revanche, contrairement aux idées reçues, les jeunes ne sont pas plus pro-environnement ou décroissants que leurs aînés à l’échelle mondiale, même si les moins de 25 ans le sont un peu plus en Europe.

En réalité, en Europe et aux États-Unis, où la question a été posée, c’est la préférence partisane qui s’avère la plus explicative, les sympathisants de gauche et écologistes étant les plus pro-environnement, tandis que ceux de droite choisissent la croissance. Aux États-Unis, le clivage démocrates / républicains est très structurant sur cette question.

Les attentes seront de toute façon déçues : seuls 29 % pensent qu’on donnera effectivement la priorité à l’environnement dans leur pays dans les années à venir (en léger progrès depuis 2020 : +3pts).

 

L’environnement n’est pas l’ennemi de l’emploi – des Européens plus réservés

Une des raisons qui explique le relatif soutien à la priorité environnementale, mais aussi la difficulté à trancher dans certains cas, est l’absence de crainte de destruction d’emploi si l’on verdit l’économie : seuls 23 % le redoutent, tandis que 36 % pensent au contraire que ce changement serait bénéfique à l’emploi.

L’opposition entre environnement et croissance est donc relativement dédramatisée, notamment dans les pays du Sud, mais aussi aux États-Unis, qui croient en la possibilité d’une croissance verte, non nuisible aux emplois (40 %). L’Europe est plus partagée (29 % création, 27 % destruction), sans doute un héritage de sa culture industrielle.

(1) Précisons que les interviewés avaient la possibilité de choisir autant de thématiques qu’ils le souhaitaient.