Chercheur senior depuis 2009, il joue un rôle déterminant dans la compréhension du vieillissement des matériaux en milieu nucléaire. Son expertise lui a valu de nombreuses distinctions académiques et la reconnaissance de ses pairs. Rencontre.

Votre domaine d'expertise ?

Essentiellement le comportement des matériaux, notamment métalliques, soumis à des contraintes typiques d'un environnement nucléaire : irradiation, corrosion, température, pression, contraintes mécaniques… Concrètement, il s'agit d'observer et de comprendre les interactions entre les atomes en alternant modélisations numériques et validations expérimentales. Nous mixons donc plusieurs disciplines : physique, chimie, mathématiques, informatique, ingénierie.

Quels sont les outils indispensables pour vous ?

À part mon cerveau ? Sans hésiter les calculateurs nécessaires à la simulation, et les puissants microscopes électroniques tels que ceux installés au MAI (Materials Ageing Institute) sans lesquels nous ne pourrions pas confronter nos calculs avec la réalité. Mais j'utilise aussi des outils moins technologiques et pourtant fondamentaux : l'ouverture et le travail collaboratif. C'est d'ailleurs ce qui me fascine dans le nucléaire : aucun homme seul n'aurait pu concevoir et faire tourner une centrale. Et pour mettre ma pierre à cet édifice, je pilote aujourd'hui le réseau scientifique du MAI et les relations entre la R&D et l'association NUGENIA.

« J'ai participé activement depuis une bonne dizaine d'années à l'essor de la modélisation multi-échelles : de l'atome aux matériaux, du millionième de seconde à la durée de vie d'un équipement (plus de 50 ans). »

Votre dernière fierté ?

Fin 2014, j'ai reçu l'une des douze "Étoiles de l'Europe" (du Programme Horizon 2020 de l'Union Européenne pour l'innovation et la recherche). Non seulement, c'est la première fois qu'EDF reçoit cette distinction, mais en plus pour un projet qui me tient à cœur par son ouverture : PERFORM60, qui regroupe une vingtaine de partenaires (via NUGENIA) autour de la prédiction des effets combinés de l'irradiation et de la corrosion sur les équipements internes des cuves (qui contribuent au refroidissement des réacteurs nucléaires). Et notre plus belle récompense sera de voir l'exploitation de nos résultats dans le monde entier : non seulement pour améliorer la sûreté des centrales existantes, mais aussi pour imaginer les matériaux du nucléaire du futur.

Ce que vous avez apporté à la communauté scientifique...

La force de cette communauté, c'est justement d'avoir su s'organiser pour partager, échanger, afin de progresser ensemble. J'ai ainsi participé activement depuis une bonne dizaine d'années à l'essor de la modélisation multi-échelles : de l'atome aux matériaux, du millionième de seconde à la durée de vie d'un équipement (plus de 50 ans).  Ces amplitudes génèrent une complexité telle que même les meilleurs calculateurs ne peuvent la résoudre : il faut donc découvrir comment scinder les modèles, sans sacrifier leur finesse. Ces approches sont aujourd'hui partagées par la recherche en biologie, génie civil  ou les nanomatériaux. On navigue aux frontières de la science !

*NUGENIA : NUclear GENeration II & III Association

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