16 oct 2014

I2R : le laboratoire accélérateur d'innovation d'EDF

Arrivé d’outre-Atlantique, le dernier concept à la mode dans les laboratoires n’a rien d’un gadget : le Fab Lab favorise l’émergence et l’accélération de projets innovants. Il concentre, en un même lieu, différentes compétences et petites machines-outils à commande numérique qui permettent de faciliter la conception de prototypes. Ce mode d’innovation express a été adopté l’été dernier par le département Énerbat de la R&D d’EDF.

I2R n'est pas un nom de code, c'est le dernier laboratoire monté au sein du département Enerbat, sur le site des Renardières : Incubateur d'Innovations de Rupture, c'est son nom complet. Retour sur l'origine et l'objectif de ce laboratoire hors du commun avec Guillaume Foissac, Ingénieur Chercheur dans l'équipe Design d'Enerbat, initiateur et responsable d'I2R.

I2R apparaît comme un laboratoire un peu extra-ordinaire au sein de la R&D d'EDF. Pourquoi monter un laboratoire aussi différent ?

Les enjeux énergétiques à venir nous imposent clairement de prendre les devants et de regarder aujourd'hui ce qui sera important de mettre en œuvre demain, c'est le rôle de la R&D. Il est toutefois important de comprendre que certains secteurs ou comportements comme la production décentralisée, le besoin en réduction des consommations, la relation avec le client final risquent d'évoluer fortement dans les années à venir. Pour ce faire le laboratoire I2R propose de chercher, à travers d'autres méthodes de travail, des moyens d'innover et de développer des positions radicalement nouvelles.

En quoi I2R est-il différent d'un autre laboratoire ?

Nous avons conçu le laboratoire comme un accélérateur d'innovation. Là où un objet de recherche peut prendre parfois des mois de montage du projet, de validation de l'idée, de déblocage du budget et de réalisation et prototypage, nous nous appuyons sur des méthodes et des outils qui nous permettent d'accélérer significativement les chemins de l'innovation. Tout d'abord, nous sommes capables d'accueillir en cours d'année des thématiques qui n'ont pas forcément été prévues l'année précédente. L'arbitrage du travail s'y fait donc de façon dynamique en fonction des priorités et des contraintes qu'imposent les sujets. L'idée ici est de retrouver une certaine flexibilité dans le travail.

D'autre-part, nous travaillons systématiquement à plusieurs regards sur les thématiques. Des ingénieurs de diverses formations, des designers mais aussi des ergonomes croisent leurs compétences pour imaginer ensemble des solutions à un problème posé.  Une problématique n'impose pas un seul regard technique. Il faut être capable de prendre en compte des critères industriels, économiques, fonctionnels, d'intégration…

Ensuite nous n'accordons qu'un temps précis à ce travail, un temps qui peut varier de quelques jours à 2 ou 3 mois maximum pour chaque thématique. Par contre nous sommes capables de mobiliser à 100 % les ressources du laboratoire afin de se consacrer pleinement à la résolution d'une problématique. Cela nous permet de travailler sur un grand nombre de sujets tout en luttant contre l'éparpillement qui nous guète un peu tous.

Pour avancer très vite et générer un maximum d'hypothèses de résolution nous nous appuyons sur des méthodes de créativité et des jeux intellectuels qui nous permettent d'envisager les problèmes sur des angles nouveaux. L'idée et de ne jamais se trouver bloqué devant un problème, de systématiquement générer un rebond. Les solutions se trouvent autour de nous, tout repose « simplement » sur notre capacité à les faire émerger et à les concrétiser.

Enfin nous avons la chance de pouvoir disposer d'outils uniques au sein de la R&D avec la présence d'une chaîne numérique très performante. Ainsi il nous est possible de concevoir à partir de logiciels 3D, d'imprimer en volume des hypothèses sur notre imprimante 3D, de les tester, de les numériser grâce à un scanner 3D et de les communiquer avec des logiciels de rendu et de présentation très performants. Flexibilité, réactivité, et intelligence collective sont les bases du laboratoire.

Pour quelles raisons parte-t-on d'I2R comme d'une déclinaison des FabLab ?

Un nombre grandissant de structures de ce type émergent depuis 10 ans, impulsées par un modèle issu du MIT baptisé FabLab pour « laboratoire de fabrication ». Une quinzaine de FabLabs existe en France, encore très peu portés par des entreprises privées. Ce modèle est basé sur le principe d'un atelier constitué de machines-outils légères pilotées par commande numérique permettant à des chercheurs et designers de s'appuyer sur des outils de prototypage rapide pour mettre au point de façon quasi instantanée des innovations.
Là encore il est capital de réaliser que ces modèles sont déployés dans des structures beaucoup plus modestes que notre R&D. Aujourd'hui ils permettent à des PME de travailler à plusieurs, de déposer des brevets et de mettre au point des innovations dans des temps beaucoup plus courts que les notre. Le risque d'être grand c'est d'être lent…

Quelles sont les pistes d'exploration et celles à venir ?

Depuis son ouverture en Juillet 2013 le programme de charge du laboratoire est plein à craquer! Nous avons travaillé pour différents projets, des pompes à chaleur, des systèmes de production photovoltaïque, des gestionnaires d'énergie, des bornes de recharge pour véhicule électrique,… L'année 2014 s'annonce elle aussi particulièrement riche.
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