16 oct 2014

Economies d'énergie Cap sur la frugalité énergétique des bâtiments !

Pas de technologie énergético-performante sans bâtiment sobre en énergie. La facture énergétique d’un entrepreneur peut aller du simple au double suivant la consommation énergétique de son site. Expert R&D EDF spécialiste ENERBAT, José Naveteur propose plusieurs conseils pour favoriser la sobriété énergétique du bâtiment neuf ou rénové.

 
Quels sont les points critiques d'un bâtiment neuf ou à rénover ?
 
Neufs ou à rénover, les bâtiments sont soumis à la Réglementation Thermique (RT). Mais bien souvent, cette RT ne suffit pas, à elle seule, pour assurer la performance énergétique d'un site. Si l'isolation des murs, planchers, plafonds, sont des points structurants admis de tous, on oublie souvent l'impact de la surface vitrée sur la facture. Au moment de la construction, on privilégie les larges vitrages pour leur capacité d'éclairement sans penser que cette surface vitrée peut devenir critique l'été quand il s'agit d'obtenir un niveau suffisant de rafraîchissement. En ce qui concerne les vitrages, une surface vitrée comprise entre 30 et 50 % par rapport à la surface extérieure totale permet d'assurer le bon équilibre entre éclairement et isolation.
Il faut choisir un double vitrage peu émissif avec argon (gaz inerte) et avec un fort coefficient de réflexion solaire, l'ajout de protection solaire (de type casquette) permet aussi de réduire l'impact de l'ensoleillement d'été.
 
Avec des bâtiments de mieux en mieux isolés, le rafraîchissement est devenu un problème plus critique que le chauffage. C'est d'autant plus problématique que la RT limite fortement (hors sud de la France) l'utilisation de systèmes de rafraîchissement dans des zones non bruyantes. L'installation de systèmes de rafraîchissement passif (geocooling notamment) permet de rafraîchir tout en réduisant fortement la consommation d'énergie.
 
Justement, en quoi consiste cette technologie de geocooling ?
 
Les pompes à chaleur sur nappe phréatique ou sur sondes servent à la fois pour le chauffage et pour le refroidissement. En été, on assure le rafraîchissement grâce à l'eau de la nappe (via un échangeur) ou du froid issu du système de sondes géothermiques. Ce système consomme très peu d'électricité (uniquement la consommation d'électricité liée aux pompes de circulation d'eau), ce qui lui permet d'afficher d'excellents COefficient de Performance (COP1). Par exemple l'hiver, le coefficient de performance de pompes à chaleur sur sondes est de 4, permettant de consommer 4 fois moins d'énergie. Quant au geocooling, il peut refroidir un local de 2 à 4 °C avec un coefficient de performance allant jusqu'à 15 ou 20. 
 
Quelles sont les autres technologies performantes pour limiter les besoins d'énergie ?
 
L'arrivée d'air neuf, désormais obligatoire sur les sites, génère souvent des consommations énergétiques importantes- jusqu'à 30 % des consommations de chauffage- lorsqu'en hiver l'air froid doit être chauffé. Installer des récupérateurs (rendements de 80 à 90 %) sur les centrales d'air permet de ne consacrer que 10 à 20 % d'énergie pour assurer le chauffage sur ce poste. Pour optimiser les consommations de ces centrales ou des circuits d'eau chaude et d'eau froide, il est également nécessaire d'installer des pompes ou ventilateurs à vitesse variable. On ajuste alors la vitesse de la circulation à la température voulue dans le bâtiment ce qui permet à l'entreprise de diviser par deux sa consommation énergétique. Par exemple, grâce à l'ensemble de ces systèmes, geocooling compris, la rénovation BBC2 d'une médiathèque a permis d'économiser 60 % des consommations énergétiques. N'oublions pas l'éclairage pour lequel il existe aujourd'hui des technologies économes comme les LED et les tubes fluo à ballast électronique associés à des systèmes de pilotage suivant les heures ou des systèmes de détection de présence.
 
Quel est précisément le rôle du pilotage dans l'optimisation énergétique du bâtiment ?
 
Comme on vient de le voir, il ne suffit pas de réduire les consommations par le bâti. Il faut non seulement du matériel performant mais également un système de pilotage type gestion technique des bâtiments (GTB). Ce pilotage garantit la coordination intelligente des systèmes pour que le matériel ne fonctionne que lorsque c'est nécessaire (ni la nuit ni les week-ends tout en assurant les bonnes températures dès l'arrivée le matin). De la même manière, il est indispensable d'avoir un système de métrologie qui vérifie que chaque système fonctionne correctement. Pour cela, il faut installer des compteurs (demandés par la réglementation thermique) sur les principales sources d'énergie (chauffage, ventilation, rafraîchissement, éclairage, eau chaude) de manière à repérer toute anomalie, à vérifier les réglages et les éventuelles dérives. En résumé, un bâtiment performant repose à la fois sur une bonne conception du bâtiment, un matériel performant, un système de mesures et de gestion, un exploitant, et n'oublie pas l'utilisateur qui a lui aussi un rôle important dans cette frugalité énergétique.
 
 

Lyon Godinot                                                                                                                             Cecodia Bron

1* COP : besoins en chaud ou en froid du bâtiment / la consommation d'énergie pour assurer ces besoins
 
2* BBC : bâtiment basse consommation
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