16 jan 2014

De l'exigence environnementale à la création de valeur

Et si l'obligation d'utiliser moins de ressources et de polluer moins était une formidable opportunité pour innover ? C'est la thèse défendue par Christian Brodhag, Président du Pôle Eco-conception1. En invitant les entreprises à réinterroger leurs produits, leurs services et leurs usages, il montre comment l'éco-conception et l'éco innovation peuvent être des leviers de création de valeur, tant sur le plan économique qu'organisationnel.

Pourquoi l’éco-conception est-elle une voie à explorer pour les industriels ?

Toutes les entreprises doivent désormais répondre à des contraintes environnementales plus fortes. L’éco-conception propose aux entreprises de s’emparer de cette obligation pour faire évoluer leur modèle socio-économique par l’apport de nouvelles fonctions et une réflexion autour de nouveaux usages. Une entreprise qui se veut innovante et compétitive a intérêt à mieux maîtriser l’ensemble du cycle de vie de ses produits, depuis la matière première jusqu’à la fin de vie, de manière à identifier là où elle pourrait créer de la valeur. Lorsqu’elles anticipent le changement en transformant l’obligation en avantage concurrentiel, les entreprises regagnent ainsi en performance et en compétitivité.

Comment améliorer la performance environnementale ?

On pense évidemment à la performance technologique mais cela ne suffit pas. Par exemple, un bâtiment qui obéit parfaitement à la Règlementation thermique n’aura de bonnes performances que si le comportement des usagers est adapté. On est donc tenu de se poser la question de l’usage réel d’un produit ou d’un service et de son impact réel. Dans un système plus complexe où produits et services sont désormais associés au sein d’un même modèle, l’optimisation environnementale sert de point de départ à un processus d’innovation plus global. C’est notamment le rôle du Pôle éco-conception et ses 55 centres relais qui accompagnent les entreprises pour établir des diagnostics, se poser des questions sur leurs produits et évaluer les retours économiques d’initiatives éco-innovantes.

Précisément, en quoi l’innovation permet-elle des retours économiques positifs ?

Nous avons réalisé une étude sur 116 entreprises françaises, québécoises et issues de plusieurs pays de l’Union européenne. En attendant les résultats définitifs, on constate déjà que l’éco-conception a permis une augmentation significative des profits pour 6 % des entreprises, une augmentation modérée pour 39 % et qu’elle a eu des effets neutres chez 50 % d’entre elles. Mais dans ce dernier cas, les entreprises ont perçu d’autres bénéfices comme un meilleur positionnement sur le marché ou une augmentation de la production. Les gains de compétitivité sont également opérationnels, soit parce que l’éco-conception du produit ou du process a permis de diminuer l’usage de l’énergie, le volume des matières premières utilisées et d’alléger ainsi les produits qui deviennent moins coûteux à transporter par exemple. Si dans certains cas, les matériaux éco-sourcés sont plus chers, ils augmentent souvent la valeur du produit permettant aux entreprises de gagner un avantage concurrentiel et de vendre à des tarifs plus élevés.

Sur quel autre plan l’innovation peut-elle se décliner ?

Au-delà du défi technologique, l’innovation est souvent organisationnelle et comportementale. Je pense à l’initiative menée par l’Institut Français pour la Performance Energétique du Bâtiment qui a lancé un concours, Cube2020, pour inciter les entreprises à réduire leur facture énergétique jusqu’à 42 % par des actions de sensibilisation du personnel aux comportements éco-responsables. 66 bâtiments ont déjà prévu de se mobiliser, d’innover dans les processus de gouvernance pour consommer moins d’énergie. Pour conclure, je dirais qu’innover ne suffit pas, encore faut-il que le marché soit réceptif. Une innovation change les habitudes et les comportements. Pour qu’elle rencontre un marché, il faut un terrain favorable à son déploiement et à sa promotion, que ce soit à travers des financeurs, des partenaires économiques, des développeurs, etc. Cela montre l’importance de favoriser une culture de l’innovation, de dépasser les concurrences à court terme pour mettre en synergie réseaux d’innovation et réseaux sociaux et faire ainsi évoluer le marché en renforçant la connaissance et les interconnexions.

1. Pôle d’expertise rassemblant des industriels sur l’éco-conception. www.eco-conception.fr

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