08 juil 2014

Biogaz, De la dépollution des vinasses à la cogénération

Comment la solution biogaz peut-elle devenir une alternative pour les industriels producteurs de déchets organiques ? Depuis 40 ans, Revico a su tirer profit d’une activité dédiée au départ à la dépollution.
Nicolas Pouillaude, son directeur, explique les leviers d’une valorisation inattendue

Quelle est la particularité de l’activité de Revico ?

Notre structure est née en 1970 de la volonté des grands groupes de Cognac
de s’unir pour trouver des solutions pérennes sur le plan environnemental au traitement des vinasses, sous-produits de distillation du Cognac.
En mutualisant leurs outils pour dépolluer les vinasses, Revico s’est engagé
dans le développement durable avant l’heure avec un esprit fédérateur
d’entreprises concurrentes décidées à agir dans l’intérêt général
(Martell, Hennessy, Rémy Martin et Courvoisier).

Comment êtes-vous passé de la dépollution à la valorisation énergétique ?

Au départ, notre objectif était bien de dépolluer les sous-produits du Cognac et d’obtenir des effluents compatibles avec un rejet dans le milieu naturel.
Les acteurs du Cognac avaient choisi de mutualiser cette charge pour profiter
de la meilleure technologie en matière de dépollution. Valoriser l’énergie est ensuite apparu comme une opportunité et un bénéfice collatéral de notre activité, car la méthanisation permet de produire un biogaz issu de la dégradation anaérobie* des constituants de la vinasse. Aujourd’hui, pour un volume de vinasse de 375 000 m3 par an, Revico produit à partir de son biogaz entre 22 et 25 GWh d’énergie primaire.

Quelles sont les phases de traitement et de valorisation ?

La matière organique est d’abord concentrée de manière à permettre l'extraction de l’acide tartrique, une molécule qui sera ensuite valorisée. Extraire cette molécule présente un triple avantage : cela nous épargne des risques d’incrustation et d’entartrage de nos réseaux, on entame un processus de dépollution en réduisant la charge organique et enfin on valorise cet acide en générant un revenu pour l’entreprise. Depuis 1984, les vinasses concentrées et détartrées sont ensuite méthanisées dans quatre réacteurs pendant quatre semaines, durée au cours de laquelle la matière organique se transforme en biogaz. Lors de cette étape de méthanisation, on obtient un premier stade de dépollution par la dégradation de 95 % de la charge organique. Enfin, un traitement aérobie permet par épuration biologique d’atteindre un niveau d’effluent compatible avec un rejet en milieu naturel.

Quels sont les industries qui pourraient transposer ce modèle ?

Les industries agroalimentaires par exemple qui produisent des déchets organiques et travaillent une matière renouvelable ou biosourcée peuvent se poser la question de l’intérêt d’un outil de méthanisation. Mais il est difficile de répondre seul à ces questions. Il faut connaître le potentiel méthanogène de son effluent, se regrouper avec d’autres si le gisement de son industrie est insuffisant pour monter un projet de méthanisation. Auparavant, entre 1984 et 2008, Revico avait créé une activité annexe de distillation à partir d’excédents de vin, destinée à faire des alcools d’Etat pour du biocarburant. En 2008, lorsque les ventes de Cognac ont commencé à progresser significativement, moins d’excédents de vin ont été disponibles. Revico s’est retrouvé face à un gisement de biogaz qu’il ne pouvait plus exploiter pour ses besoins de distillation. C’est alors que nous avons pris la décision de créer un outil de cogénération, Revico Energies Vertes, pour valoriser notre biogaz non plus exclusivement en chaudière mais également en électricité vendue.

Quelles sont les particularités de cette plate forme de cogénération ?

Première spécificité de l’outil de cogénération, la flexibilité des 5 micro-turbines à gaz de 200 kW chacune, qui permet de s’adapter à la saisonnalité de l’activité, car la production du biogaz s’échelonne entre novembre et juin. Une telle modularité permet d’arrêter et de redémarrer chaque cellule de 200 kW et nous donne la capacité à exploiter les excédents au m3 près. Deuxième atout, le prétraitement du biogaz qui permet d’améliorer sa qualité (lavage, réfrigération, filtration). Enfin, à partir de l’énergie primaire que représente le biogaz, on obtient deux énergies secondaires que sont l’électricité et la chaleur. Il est essentiel de trouver des débouchés chaleur dans son usine pour la valoriser. Chez nous, elle sert à alimenter les échangeurs de chaleur. Qui permettent l’évaporation au moment de la concentration des vinasses, la boucle d’eau chaude destinée au maintien à température des méthaniseurs et à chauffer les serres horticoles de Cognac.

Comment s’effectue le rachat d’électricité issue de la cogénération ?

Nous facturons à EDF l’énergie qu’Enedis injecte sur le réseau. Sur l’ensemble de notre production de biogaz qui représente 25 GWh, nous conservons environ 11 GWh pour alimenter nos générateurs de vapeur et consacrons 14 GWh pour la plateforme de cogénération. Sur cette base, ces 14GWh sont transformés d’une part en 4,6 GWh électriques et d’autre part en 5,9 GWh thermiques. En 2013, la production des 4,6 GWh électriques nous a rapporté un revenu de 700 000 €.

* réactions chimiques d'un organisme se produisant en l'absence d'oxygène.

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