A la Une Publié le 04/08/2020

Marine Weicherding, une femme dans l'industrie 4.0

Marine Weicherding est appui technique au service prévention des risques de la centrale de Dampierre, dans le Loiret. Elle est aussi ambassadrice du challenge « Les femmes dans l’industrie 4.0 » organisé par les ressources humaines d'EDF pour inciter les jeunes femmes à intégrer des métiers techniques.

« J'ai grandi avec l'Allemagne à côté de chez moi », confie Marine Weicherding depuis la centrale Nucléaire de Dampierre, dans le Loiret où elle travaille désormais. Elle est née il y a 29 ans, dans une région minière, à Forbach, en Lorraine. Son père est autoentrepreneur, il gère une société d'intérim dans tout ce qui est industrie lourde. Sa mère travaille dans une entreprise d'emballage de médicaments. « J'ai baigné dans le monde industriel depuis toute petite. Et enfant, le monde médical m'attirait. Je rêvais de travailler dans les laboratoires, dans la recherche scientifique. » Elle décide d'entamer un cursus technique.

« Peu de filles, cela interroge »

Au collège, Marine est étonnée. « Il y avait moins de filles que de garçons qui décidaient de s'orienter vers les métiers techniques, cela interroge. Je me demandais si j'étais légitime, si j'avais fait le bon choix. Aurai-je suffisamment de caractère pour trouver ma place plus tard ? » Dans ses études déjà, elle n'a pas l'habitude de se laisser faire, « je suis curieuse de nature, j'aime comprendre, poser des questions. Bien sûr, j'accepte la critique quand c'est justifié ! », tempère-t-elle.
Son bac en sciences et technologies de laboratoire en poche, elle entame un BTS pour se spécialiser dans l'agroalimentaire. Direction la Normandie, et l'usine de Danone, à Le Molay-Littry, où elle se forme en alternance. « J'ai intégré le service laboratoire qualité pour mettre en place un analyseur de microbiologie rapide qui repérait la quantité de bactéries présente dans les yaourts. Une innovation qui nous permettait de bloquer les lignes de production et, ainsi, de baisser les coûts de non-qualité. »
Au bout de trois ans, elle opère une petite remise en question. « Il n'y avait pas beaucoup d'emplois dans le domaine de la microbiologie, j'ai décidé de passer une deuxième licence en qualité, sécurité et environnement cette fois. » Inscrite à l'Ensiame, à Valenciennes, elle est engagée en alternance aux Grands chais de France. Cap sur l'Alsace, cette fois, à Petersbach. « Je suis restée trois ans au service sécurité et environnement. C'était un peu familial, j'avais un bon tuteur, je me suis vite adaptée. Ils voulaient m'embaucher. Mais encore une fois, je voulais découvrir autre chose et surtout, évoluer en compétences. »

Etre curieux et faire ses preuves

« La curiosité, des fois, on me dit que c'est un défaut, mais l'important pour moi, c'est de comprendre quelle répercussion je peux avoir dans mon métier : qu'est-ce que j'apporte dans la chaîne ? » Un élève de l'Ensiame lui parle du nucléaire où il se forme. Elle s'intéresse. « J'ai grandi près de la centrale de Cattenom, mon père m'en parlait. Pourquoi ne pas y entrer pour comprendre comment ça marche ? Même si c'était un virage à 360°, pourquoi ne pas tenter l'aventure ? »
En 2016, elle tombe sur une annonce d'Areva pour un poste en qualité sécurité environnement sur les centrales de Cattenom et Chooz. « C'était impressionnant, un monde en soi. J'ai effectué de nombreuses formations pour rentrer dans cette ville dans la ville ultra sécurisée. » Marine découvrir aussi un univers très masculin, où elle doit faire sa place. « J'ai toujours misé sur mes compétences, et j'avais envie d'apprendre. J'ai tenu le coup. »
Au bout de deux ans, elle intègre une entreprise d'ingénierie pour suivre les chantiers des arrêts de tranches de toutes les centrales françaises, toujours : « L'horizon s'est un peu élargi pour moi. Il fallait beaucoup de rigueur, surveiller les intervenants, surveiller l'activité de très près, en connaître tous les jalons. C'était une super expérience. » Gravelines, Dampierre, Belleville, Flamanville, Paluel, Cruas, elle voyage à travers la France. Elle comprend surtout qu'« il faut faire ses preuves pour se faire accepter, et aussi montrer sa motivation, j'ai toujours misé là-dessus. »

Le job de ses rêves

En juin 2019, elle tombe sur une annonce d'EDF pour un poste d'ingénieure au service prévention des risques de la centrale de Dampierre. Le Groupe l'intéresse, « Il y a un enjeu de mixité dans ces métiers et EDF porte beaucoup d'intérêt à cela. » Quelques mois plus tôt, elle était tombée sur un challenge du Groupe intitulé « Le job de mes rêves. »
Ce challenge sur le site EDF Pulse & You, proposait aux jeunes diplômés de décrire leur emploi idéal, de commenter et de liker ceux des autres. « J'ai trouvé ça innovant, j'ai envoyé plein d'idées, sur le volet sécurité, environnement, RH aussi. Mes différentes expériences en centrales m'en avaient données plein ! Avec un CV, on peut passer à côté d'une personne, alors qu'avec des idées, non. » Suite à sa candidature pour le poste de Dampierre, elle passe différents entretiens de sélection, puis arrive finalement devant le jury final : « J'avais pu voir comment fonctionne une centrale, mon expérience du terrain a fait la différence. Mais je me suis battue, j'avais vraiment envie de décrocher ce poste. » Elle est embauchée en novembre. « Arrivée à Dampierre, cela a été plus simple. Les équipes m'ont vite acceptée, on parlait le même langage. Mes expériences des centrales, m'ont permis d'être vite dans le bain. »
Aujourd'hui, elle est en appui technique sur le volet prévention des risques, mais pilote aussi des chargés d'affaires. « Je dois avoir une vue assez large pour coordonner différents chantiers et activités. J'ai un rôle d'expert technique et je pilote aussi une équipe. Je suis contente, cela m'a permis d'évoluer. »

« On a toutes une place dans ces équipes techniques »

En janvier, Marine reçoit un coup de fil, elle a remporté le challenge « Le job de mes rêve » et on lui propose de devenir ambassadrice de la deuxième édition du challenge, « Les femmes dans l'industrie 4.0 ». « Donner envie à d'autres candidates de nous rejoindre, sur un sujet qui me motive depuis longtemps, bien sûr, j'ai accepté. »
Toujours sur internet, EDF propose d'échanger sur la façon d'intégrer davantage de femmes dans les métiers techniques. « Je voudrais faire comprendre que les femmes ont une place dans nos équipes qui ont tout à y gagner. Notre vision est souvent différente de celle des hommes, pour moi, nous prenons souvent les choses avec plus de recul, davantage de douceur et nous sommes souvent plus créatives. »
Pendant le confinement, Marine était sur le pont avec les équipes pour faire tourner la centrale. « Nous avons revu toute notre organisation pour respecter les mesures sanitaires. J'ai eu la chance de n'être confinée que 20 jours. Mon travail me passionne, c'est pour moi l'essentiel, et j'avais envie d'être sur le terrain auprès des équipes. » Cet enthousiasme, Marine souhaite aujourd'hui le partager et se montre aussi positive : « Ces derniers temps, les mentalités changent. Les femmes vont davantage vers des métiers supposés réservés aux hommes. Pour moi, c'est une évolution naturelle. J'espère que dans 10 ans, cela deviendra complètement normal. »