12 fév 2014

Un grand acteur comme EDF Collectivités peut jouer un rôle de « booster » des politiques de déplacement

Jean-Marc Offner, directeur général de l’a-urba (agence d’urbanisme Bordeaux métropole Aquitaine).

Elaborée en 2013, la charte des mobilités de l’agglomération bordelaise fédère 21 grands signataires autour de 20 principes d’action et 17 mesures partenariales issues du Grenelle des Mobilités. Quel a été le rôle de l’a-urba1 dans ce projet ?

L’idée du Grenelle des Mobilités était de remettre à plat la question de la mobilité, en associant à cette réflexion non seulement les collectivités territoriales et les professionnels, mais aussi les entreprises, les salariés, les associations,… Cheville ouvrière du projet, l’a-urba a mis en place un dispositif partenarial dans l’esprit du Grenelle Environnement - d’où son nom -, l’objectif étant que des partenaires venant d’horizons très différents se mettent d’accord sur les diagnostics et proposent des solutions consensuelles. Son rôle a été double : alimenter les 6 groupes de travail de 20 à 30 personnes en données (les compétences de l’a-urba en matière de transport et de mobilité sont reconnues), jouer le rôle de coordinateur et de médiateur.

Ce type de dispositif est-il propice à la production d’« intelligence collective » ?

Il est très important de montrer que les jeux ne sont pas faits, que nous sommes là pour travailler tous ensemble sur un vrai projet co-produit. L’équipe de l’a-urba a su, je pense, créer de la confiance et j’en suis fier. Nous avons eu aussi des duos président/rapporteur de groupes de travail qui ont cru au projet. Le Grenelle des Mobilités a abouti à l’élaboration de 20 principes d’action pour une mobilité fluide, raisonnée et partagée et de 17 mesures partenariales. La rédaction du rapport final destiné à nos cinq grands commanditaires (la Communauté Urbaine de Bordeaux, la ville de Bordeaux, le département, la région et l’Etat) a également été confiée à l’a-urba et l’on sait combien la « mise en mots » est importante quand il s’agit de ces dossiers transverses. La synthèse présentée par l’a-urba a été approuvée par les 12 présidents et rapporteurs de groupe de travail, des représentants d’institutions aussi différentes qu’un grand syndicat, la Chambre de Commerce et d’Industrie, l’ADEME, l’Etat, une association d’usagers. C’est un signe.

L’une des 17 mesures est le développement du vélo à assistance électrique. Pourquoi ce choix ?

Géographiquement, l’agglomération bordelaise est très étendue. Pour répondre aux besoins futurs, les modes de transport devront changer d’échelle. Le vélo à assistance électrique change d’échelle par rapport au vélo citadin. C’est un vélo métropolitain. Il permet de couvrir de plus grandes distances en mode autonome. En multimodal, il peut aussi améliorer la fréquentation du transport collectif en dilatant les aires de chalandise. Il constitue pour l’agglomération bordelaise une réponse originale à une problématique locale, à la différence de la voiture électrique dont le développement est national.

Pourquoi avoir confié à EDF Collectivités Sud-Ouest la mission de chef de file pour le développement de cette « innovation de rupture » ?

Nous sommes pragmatiques. EDF Collectivités Sud-Ouest a été parmi les premiers à adhérer à la démarche du Grenelle des Mobilités et souhaite se positionner comme acteur de sa mise en œuvre. Faire entrer dans le système de conception, de pilotage et de mise en œuvre des politiques de déplacement des acteurs dynamiques comme EDF Collectivités, peut avoir un effet de « booster ». Les questions de transport relèvent du multi-échelles à tous les niveaux : entre les acteurs et les utilisateurs, entre le public et le privé. En tant que chef de file, EDF Collectivités aura pour mission d’initier, d’organiser et d’animer ce partenariat.
Le développement du vélo à assistance électrique est une des cinq mesures d’innovation de rupture du Grenelle des Mobilités. L’innovation de rupture se caractérise par la visibilité forte de l’action à mener, et par l’effet d’entrainement qu’elle peut avoir. C’est un levier stratégique. Une autre des innovations de rupture sur laquelle je fonde de grands espoirs est « à l’école sans voiture ».

L’a-urba et EDF Collectivités Sud-Ouest avaient déjà travaillé ensemble sur la Fabrique Métropolitaine…

En 2010, la Cub (Communauté Urbaine de Bordeaux) a lancé une démarche prospective et participative pour demander au public quel visage il souhaiterait voir prendre au territoire en 2030. « Bordeaux Métropole 3.0 » était fondé sur un large appel à contributions. D’avril à octobre 2011, l’analyse des 50 contributions reçues a nourri la rédaction du projet métropolitain. Parallèlement, les orientations ont été mises en débat avec le grand public, les communes et les partenaires, dont EDF Collectivités, à travers un processus nommé la Fabrique Métropolitaine. Le rôle de l’a-urba sur ce grand chantier était d’alimenter en informations le travail en ateliers. EDF Collectivités a fait partie des grands experts qui ont apporté leurs données en s’appuyant notamment sur les études d’EDF R&D, fait part de leur retour d’expérience et de leurs avis pour enrichir les débats. 18 mois de rencontres et d’échanges ont débouché sur l’adoption d’un projet commun, « 5 Sens pour un Bordeaux Métropolitain », document rédigé par un duo dont je faisais partie. Cinq sens, c’est une métropole solidaire, stimulante, sensible, sobre et singulière. 12 grands travaux métropolitains visent à mobiliser les programmes, procédures et projets de tous les acteurs au profit des 5 sens ont été définis. La Coopérative métropolitaine a pris le relais de la Fabrique Métropolitaine avec vocation à poursuivre la démarche de coproduction et de mise en synergie. L’un de ses premiers grands chantiers est le Grenelle des Mobilités. Travailler ensemble sur ces chantiers nous a permis de constater que l’a-urba et EDF Collectivités portent un message commun : l’idée qu’il est possible de diversifier les politiques publiques locales, non seulement parce que les problèmes peuvent être spécifiques, mais aussi parce qu’il peut y avoir plusieurs façons de répondre à un même problème. Une autre problématique sur laquelle nous pouvons avancer ensemble est la traduction de l’enjeu national au niveau local. Dans le domaine de l’énergie, mais il en est de même dans ceux du numérique ou de la santé, nous n’avons pas forcément encore les réflexes intellectuels, les bons outils pour intégrer ces enjeux dans nos façons de travailler. EDF Collectivités a pris à bras le corps la question du changement de modèle et nous le montre.

1 L’a-urba (agence d’urbanisme Bordeaux métropole Aquitaine) est l’outil stratégique de développement urbain de la métropole bordelaise. Instrument d’observation, de mémorisation, de prospective, de réflexion et de dialogue, elle travaille à toutes les échelles, du quartier à l’aire urbaine, sur les dossiers engageant l’avenir de l’agglomération.
http://www.aurba.org

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