12 fév 2014

Système de Management de l’Energie des Orres (05) : une première en France

Olivier Musset, directeur de la SEMLORE (Société d’Economie Mixte Locale des Orres).

La SEMLORE s’est porté candidate à l’expérimentation d’un Système de Management de l’Energie (SME) spécifiquement développé pour les stations de ski. Pourquoi ?

La facture énergétique pèse lourd dans l’économie des stations de ski. La SEMLORE souhaitait engager un programme d’économies d’énergie efficace afin de réduire les coûts, mais quelle méthodologie employer ? Par ailleurs, notre station faisait partie du projet européen ALPSTAR1 « Efficacité énergétique des domaines skiables » visant la neutralité carbone des Alpes en 2050. La déclinaison de ce programme en France, portée par le Pays S.U.D. (Serre-Poncon Ubaye Durance)1 et soutenue par EDF visait à identifier les consommations d’énergie des domaines skiables de deux stations pilotes dans le but de les optimiser. C’est dans ce cadre que le Système de Management de l’Energie a été lancé et développé. Le domaine skiable des Orres a proposé de l’expérimenter parce que le projet répondait pleinement à ses attentes.

Quels sont, à votre avis, les points forts du Système de Management de l’Energie ?

Le SME est un système de pilotage dynamique de l’énergie électrique installé aujourd’hui sur les remontées mécaniques, les canons à neige et les bâtiments administratifs, ce périmètre pouvant être élargi. Il permet aussi d’importer les données de fréquentation et de météorologie pour connaître les incidences de ces variables sur le comportement énergétique de la station. C’est un système électrique intelligent qui permet notamment de gérer des données en grand nombre et en temps réel, et de communiquer à distance avec les équipements électriques qui permettent en particulier de favoriser la sobriété énergétique et de réduire les émissions de CO2. Pendant la saison 2012-2013, les données de référence ont été enregistrées grâce aux 17 points de comptage des consommations électriques installés sur la station via le programme ALPSTAR. A la restitution, le bureau d’études en charge de l’analyse des données nous a fait part des premières pistes d’économies d’énergie identifiées et nous a demandé si nous souhaitions poursuivre l’expérimentation avec l’installation d’un SME. Cette saison 2013-2014 sera donc la première année de fonctionnement du SME. Nous avons néanmoins déjà commencé à faire des économies d’énergie en mettant en œuvre les premières préconisations qui nous ont été faites à la suite de la phase d’observation : réduire les pics de consommation pour diminuer la puissance souscrite et donc le coût de l’abonnement, inciter le personnel de la station à faire des économies d’énergie en éteignant l’électricité en sortant d’une pièce, par exemple, ou en coupant le chauffage des cabanes quand on ouvre la porte, ou encore optimiser le coût du kwh. Notre facture d’électricité a déjà diminué de 17 % en 2013, nous poursuivons nos efforts. Nous pensons faire entre 20 et 25 % d’économies sur les deux premières années. La facture électrique de la SEMLORE est de 490 000 euros. D’après nos estimations, le temps de retour sur investissement sera d’un an et demi.

Quel impact le Système de Management de l’Energie peut-il avoir sur l’ensemble de la problématique énergétique de la station ?

Fort de notre expérience dans le domaine électrique, nous avons commencé à contrôler les consommations de fioul des dameuses, machine par machine, tout en expliquant aux conducteurs qu’on peut très bien tourner à 2 000 tours plutôt qu’à 2 500. L’économie est considérable : 30 l/h de fioul au lieu de 33. A plus long terme, nous envisageons d’installer des chaudières à bois à la place du chauffage au fioul de certains bâtiments comme notre salle de spectacle, qui est très énergivore. Enfin, l’efficacité du SME permettra à la SEMLORE de montrer l’exemple aux autres acteurs de la station, et en particulier d’inciter les propriétaires à investir dans la rénovation thermique : l’hébergement représente 30 % des consommations électriques d’une station de ski ! Dernier point : grâce au SME, nous allons pouvoir négocier avec les grands fabricants de matériel. C’est nous, les stations, qui allons pouvoir désormais imposer notre propre cahier des charges en fonction de nos priorités en matière de coûts de fonctionnement énergétique. La donne va changer. On peut donc dire que le Système de Management de l’Energie est la première pierre de la station intelligente et durable de demain. Rappelons d’ailleurs que ce projet s’inscrit dans le programme « Energie Efficace en PACA (Provence-Alpes-Cote d’Azur) d’EDF dont l’objectif est de faire de la région un laboratoire national d’innovations.

Quel a été le rôle de l’équipe EDF Collectivités dans la mise en œuvre du projet ?

En amont, EDF a accompagné la première phase du programme ALPSTAR sur l’établissement du référentiel, puis a ensuite accompagné financièrement la SEMLORE sur le Système de Management de l’Energie proprement dit. En effet, EDF Collectivités est fortement impliqué sur les réflexions autour de la transition vers une station durable du futur, ce qui a motivé sa présence aux côtés des équipes de la SEMLORE. Quel bénéfice pour EDF Collectivités et pour nous-même ? D’abord une relation beaucoup plus étroite, c’est clair, qui s’appuie notamment sur le sens de l’écoute de notre interlocuteur EDF, et aussi une vision prospective commune. EDF Collectivités a su, bien au delà de son rôle de fournisseur d’énergie, nous aider à donner une cohérence globale au projet sur le long terme. Non seulement l’équipe EDF Collectivités nous a aidé à aller jusqu’au bout, mais nous savons que nous pouvons compter sur elle pour nous accompagner dans de nouveaux développements innovants.

D’autres stations de ski s’intéressent-elles au Système de Management de l’Energie ?

Pour les Alpes du sud, Pra-Loup s’inscrit en 2014 dans la démarche ALPSTAR, première étape vers la mise en œuvre d’un SME. Auron et Isola 2000 ont pris récemment contact avec nous pour venir voir le fonctionnement de notre SME et j’ai eu plusieurs appels de stations de ski des Alpes du nord qui réfléchissent aussi à la démarche.

1Pour en savoir plus sur le programme européen ALPSTAR et le Pays S.U.D. (Serre-Poncon Ubaye Durance) : http://www.plus2news.fr/programme-europeen-alpstar/

Le point de vue de Nadège Tissier, EDF, directeur du développement territorial Méditerranée

La généralisation des systèmes électriques intelligents va profondément modifier les modes de consommation et donner une place d’acteur au consommateur d’aujourd’hui. L’entreprise, la collectivité ou le simple citoyen sera en mesure d’agir sur sa consommation pour répondre aux quatre enjeux énergétiques de demain qui sont :

  • la maîtrise de la demande d’énergie, face à la croissance de la consommation électrique : en 2050, le monde aura besoin de deux fois plus d’électricité qu’aujourd’hui, pour répondre à la fois à la croissance démographique et aux évolutions des usages de l’électricité : multiplication des appareils électriques, recharge des diverses batteries dont la mobilité propre, essor des télécommunications
  • la gestion des périodes de pointe : il s’agit d’assurer la garantie de la sécurité d’approvisionnement et la continuité de service tout en évitant la construction de nouvelles infrastructures coûteuses
  • la maitrise du bilan carbone de la France : les systèmes électriques intelligents permettront grâce aux technologies d’effacement, à la maîtrise de la demande en énergie et à l’optimisation des périodes de pointe, de réduire l’impact carbone de la France. L’essor du véhicule électrique, rendu possible par les systèmes électriques intelligents, permettra de réduire la pollution au CO2 et aux particules fines, fléau des villes aujourd’hui
  • l’insertion des énergies renouvelables (biomasse, photovoltaïque, géothermie, éolien terrestre ou off-shore – 30 GW à horizon 2020) sur le réseau électrique français : Il s’agit d’améliorer l’utilisation des productions intermittentes, sans que le confort des usagers ou la performance soit remis en cause. Avec les systèmes électriques intelligents, il devient possible de mieux synchroniser les consommations et la production (par exemple, la recharge du ballon d’eau chaude sanitaire aux heures où la production solaire est maximale)

Des applications concrètes pour tous qui permettront, comme peut le faire dès maintenant la station des Orres, de connaître en temps réel et de manière précise la consommation électrique, gérer les équipements électriques à distance via le téléphone mobile, limiter l’empreinte carbone de chacun d’entre nous, citoyen, entreprise et collectivité et de consommer mieux et moins.

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