18 nov 2014

Précarite énergétique: un enjeu majeur pour EDF R&D

Innover pour les clients en situation de précarité énergétique, c’est souvent innover pour tous les clients

Le projet précarité énergétique d'EDF R&D mobilise une dizaine d'experts en sociologie, marketing, prospective, statistiques, énergétique sectorielle, sciences économiques ou encore design. Aurélie Dano, ingénieur-chercheur projet précarité énergétique EDF R&D témoigne.

Sur quels types de sujets travaillent les ingénieurs-chercheurs de l’équipe précarité énergétique d’EDF R&D ?

Les sociologues réalisent par exemple des études sur les dispositifs existants en matière d’accompagnement social. Les spécialistes de l’énergie sectorielle s’attaquent à la question du bâti pour trouver notamment des solutions aux problématiques des « passoires énergétiques »1. Les économistes travaillent sur les définitions, les indicateurs et la projection du phénomène de précarité énergétique. Les ingénieurs-chercheurs en marketing sont chargés d’élaborer des offres et de nouveaux modèles économiques innovants pour les ménages en situation de précarité énergétique. Un exemple d’une offre développée cette année : le thermomètre low tech low cost. C’est un petit thermomètre à cristaux liquides, très simple, que l’on place sur chaque porte du logement. Les repères affichés - différents pour le salon, la chambre des parents ou celle des enfants - permettent de voir immédiatement en entrant dans la pièce si la température est trop élevée. Le thermomètre low tech low cost est actuellement testé en région parisienne auprès de personnes en situation de précarité énergétique et il sera déployé progressivement.

Quel est pour EDF R&D le bon indicateur en matière de précarité énergétique ?

Il n’y a pas encore de définition de la précarité énergétique unanimement reconnue dans les pays européens. Pour la France, l’indicateur est le taux d’effort énergétique, c’est à dire le rapport entre le revenu des ménages et les dépenses énergétiques liées à leur logement. Si le taux d’effort énergétique est supérieur à 10 %, le ménage est considéré en situation de précarité énergétique. Mais ce critère fait débat, parce qu’il n’inclut pas les dépenses liées à la mobilité, alors que ces dernières représentent pourtant une forte part des dépenses énergétiques, notamment pour les péri-urbains. L’Observatoire national de la précarité énergétique pilote en ce moment une réflexion sur de nouveaux indicateurs couvrant l’ensemble de la problématique. C’est un travail considérable, qui permettra de mieux adapter les solutions. Les experts d’EDF R&D sont régulièrement sollicités pour y apporter leur contribution.

Quel est votre parcours professionnel ?

Diplômée de l’EM Lyon, j’ai travaillé 7 ans dans le marketing grande consommation avant de choisir une nouvelle voie : un master spécialisé développement durable à HEC, pendant lequel je me suis orientée vers le social business2. En 2011, j’ai réalisé pour EDF un benchmark sur 150 modèles économiques innovants portant sur les biens et services essentiels (logement, éducation, santé, téléphonie, énergie, alimentation) à destination des populations en difficulté dans les pays émergents et dans les pays développés. Le benchmark a fait ressortir trois idées fortes qui ont guidé l’élaboration du concept d’atelier solidaire : les bonnes solutions sont celles qui s’appuient sur des partenariats multi-acteurs (entreprises, associations, institutions publiques…), mettent l’habitant au cœur du projet et proposent un modèle social business. Cette étude m’a également permis d’observer que les innovations les plus en rupture sont souvent réalisées dans les environnements les plus contraints. Certaines de ces innovations, imaginées pour les clients en difficulté, peuvent ensuite être proposées au plus grand nombre, c’est ce que l’on appelle l’innovation inversée ou reverse innovation. Après ce benchmark, j’ai été embauchée à la R&D d’EDF et ma première mission a été de travailler sur « 10 solutions innovantes et leurs modèles économiques associés pour lutter contre la précarité énergétique en France ».

Sont généralement considérés comme « passoires énergétiques » les logements construits entre 1949 et 1975, dont le DPE (Diagnostic de Performance Energétique) est ou serait classé F (plus de 331 kwh/an/m2) ou G (plus de 450 kwh/an/m2).

Concept développé par Muhammad Yunus, économiste bangladais pionnier du micro crédit et Prix Nobel de la Paix 2006, le social business a pour objectif de maximiser l’impact social de son activité, tout en pérennisant le modèle par la génération de revenus et/ou par la minimisation des coûts.

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