28 jan 2015

Précarité énergétique - Le défi de la médiation

A Bordeaux, Alexandra Siarri, adjointe au maire de Bordeaux en charge de la cohésion sociale et territoriale et Philippe Benichou, DDT EDF, font le pari de la médiation dans l’espoir de faire reculer la précarité énergétique. Entretien croisé.
 
Est en situation de précarité énergétique toute personne qui consacre plus de 10% de son budget aux dépenses d’énergie dans son foyer. Que vous inspire cet indicateur?
 
Alexandra Siarri : Cet indicateur se base sur la notion d’effort énergétique et ne fonctionne que si les gens acceptent de l’exprimer. Or, personne n’est amené à expliquer combien il consacre à l’énergie dans son budget total ! Encore moins les propriétaires qui disposent de revenus plutôt modestes et ne savent pas bien à qui parler de leurs difficultés de peur d’être stigmatisés. C’est un phénomène difficile à quantifier.
 
Comment les aider s’il n’est pas possible de les identifier?
 
A.S. L’information ne suffit plus. Pour moi, le vrai défi aujourd’hui, c’est celui de la médiation. Nous devons aller au devant des gens et détecter l’ensemble des difficultés auxquelles ils sont confrontés, ne pas isoler la précarité énergétique du reste, au risque de les obliger à multiplier les démarches, à aller voir autant d’intervenants qu’il existe de solutions. Il faut simplifier nos procédures pour permettre aux publics de nous faire part de leur exacte réalité et former les personnes en relation de proximité avec les gens : les travailleurs sociaux mais pas seulement !
 
Philippe Benichou. : L’idéal de la médiation, c’est de considérer la personne et pas seulement son problème. Bien sûr, nous allons commencer par régler le problème pour éviter qu’il ne s’aggrave. Mais l’impayé ou la difficulté à régler une facture d’énergie, c’est, pour reprendre une image bordelaise, le rosier planté devant un pied de vigne et qui, le premier, va tomber malade. Autrement dit un rejet de paiement est ce qu’il y a de plus visible par un service comme le nôtre. La personne qui n’arrive plus à payer son énergie a le plus souvent soit un problème économique lié à un divorce par exemple ou à une perte d’emploi ; soit un problème de langue et donc d’accès au droit ou encore de mauvaise isolation, de non-adaptation du logement. On ne peut pas résumer la personne à un impayé. En tout état de cause, quand on fait de la médiation, c’est que l’on souhaite l’accompagner globalement.
 
 Avez-vous des exemples concrets?
 
P.B. : A Bordeaux, par exemple, on a créé des lieux de médiation comme le PIMMS (Point d’information et de médiation multi-services). On n’y entre pas comme on entre dans un CCAS. Les Bordelais peuvent venir régler un impayé, acheter un timbre, demander un plan de bus, se renseigner sur une formation, rencontrer une personne de l’atelier budgétaire ou du Pôle emploi. Elles se sentent ainsi moins stigmatisées. Il faut redonner un peu de fierté à la personne, lui permettre de se réapproprier sa relation avec les administrations en réinstaurant le dialogue et en simplifiant les démarches.
 
A.S. : On essaye de développer la formation de médiateurs et l’accès au droit comme aux tarifs sociaux de l’énergie par exemple. C’est ce qu’on a développé avec le PIMMS et EDF notamment ou encore avec le service « Allô Énergie ». Les appelants peuvent aussi bien poser des questions, demander une visite d’urgence ou une aide pour récupérer les budgets nécessaires à la réalisation de travaux de rénovation. Il va falloir former les associations, les bénévoles et les professionnels aux enjeux de la précarité énergétique qui sont intimement liés à ceux de santé, de logement, d’éducation. Apporter des réponses en priorité à ceux qui n’accèdent pas à leurs droits, cela suppose de gagner en compétences plutôt que de lancer une énorme campagne de communication qui conduirait à ne pas être en capacité de répondre aux attentes des gens. Ce n’est évidemment pas la ville de Bordeaux qui va régler le problème de rénovation de toutes les passoires énergétiques ! 
 
Avec la baisse des dotations de l’Etat, les collectivités locales ont-elles encore les moyens d’agir ?
A.S. : Plus que la baisse des dotations de l’Etat, c’est la question de la réforme territoriale qui n’a pas abouti. On peine à voir qui est compétent en quoi puisque tout le monde est compétent en tout ! Or, sur la question de la précarité énergétique, quelle collectivité ne l’est pas ? Avec EDF, la Fondation Abbé Pierre et d’autres villes, nous avons des chantiers énormes tels que la médiation et la gouvernance, c’est à dire revoir nos méthodes de travail pour travailler en « mode projet » notamment. En tirant sur la pelote on voit l’immensité des questions qui se posent, des situations plus graves derrière le problème de la précarité énergétique.
Il faut s’attaquer à tout, aider les gens à vivre dans la dignité. C’est inscrit dans la Constitution française. Manger, se loger, se chauffer, avoir accès au savoir sont des droits fondamentaux ! Il en va non seulement de notre responsabilité politique mais aussi de notre responsabilité étique.
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