14 avr 2015

Maîtriser la lumière pour retrouver les étoiles

L’utilisation irrationnelle de la lumière et la vétusté des installations entraînent une débauche d’éclairage et une pollution lumineuse qui perturbe la nature et nous prive d’un de ses plus beaux spectacles : le ciel étoilé. Les communes du département des Hautes-Pyrénées se sont engagées dans une démarche de conversion de leur éclairage public pour réduire les nuisances lumineuses autour de la réserve du Pic du Midi de Bigorre. Bernard Larrieu, expert lumière chez EDF, explique comment, bien maîtrisé, l’éclairage public permet de prendre soin de l’environnement, de son image et de réaliser de substantielles économies.

Qu’est-ce qu’une « Réserve internationale de ciel étoilé » ?

Une Réserve internationale de ciel étoilé (RICE) est un territoire sur lequel la lutte contre les nuisances lumineuses est une préoccupation forte. Il permet aux astronomes d’observer le cosmos dans les meilleures conditions et respecte la vie nocturne des écosystèmes. La réserve du Pic du Midi est la première à obtenir ce label en Europe. Les astronomes de l’observatoire du Pic du Midi ont été les premiers à se mobiliser en faveur de la protection des écosystèmes nocturnes. Très vite, ils ont été rejoints par le site du Pic du midi, le Syndicat départemental d’électrification (SDE), le Parc national des Pyrénées, l’Association française de l’éclairage (AFE) et EDF.

Pourquoi une entreprise comme EDF s’est-elle impliquée dans ce projet ?

Nous y avons vu l’opportunité d’engager ce territoire dans une démarche d’éco-efficacité en matière d’éclairage public. Pour l’AFE, dont nous sommes partie prenante, c’était l’occasion d’initier de nouvelles pratiques en matière d’éclairage non polluant, éco-efficace tant en matière d’exploitation que de coût de maintenance. La zone coeur de la RICE, qui comprend le Pic du Midi, ne doit souffrir d'aucune pollution lumineuse. Et autour, une zone tampon de 3000 km2 rassemble 251 communes engagées à améliorer leur éclairage. Plus de 50 d'entre elles ont déjà commencé.

Comment accompagnez vous ces communes dans cette démarche d’éco-efficacité ?

Nous les aidons à lutter contre l’éblouissement. De nombreux villages de périphérie urbaine, où sont construites les « cités dortoirs », sont équipés de candélabres avec des boules lumineuses qui laissent s’échapper 60 % de leur flux vers le ciel. Indépendamment des effets néfastes sur l’environnement, toute cette énergie perdue coûte cher aux communes. Nous faisons en sorte que cette lumière soit affectée à la surface utile et génère entre 50 % et 80 % d’économies d’énergie, selon l’état des installations existantes. Auparavant, les préoccupations en matière de performance énergétique n’étaient pas aussi vives. La réglementation a évolué et tolère qu’1 % du flux lumineux s’échappe dans l’hémisphère supérieur. Nous allons plus loin en abaissant ce seuil à zéro sur la RICE. Les technologies d’éclairage ont beaucoup évolué notamment avec des réflecteurs qui maîtrisent beaucoup mieux les flux lumineux. Par exemple, avec le syndicat de l’Aveyron, dans la commune d’Estaing, nous remplaçons actuellement des lanternes de 160 W par des LED de 24 W qui descendent à 12 W aux heures creuses du trafic routier. Nous ne sommes pas favorables à l’extinction totale de l’éclairage, source d’insécurité, mais pour un abaissement progressif de la puissance au cours de la nuit grâce à des candélabres adaptés.

Pour ces communes, l’enjeu dépasse donc la simple protection de l’environnement nocturne ?

L’éclairage est un facteur de développement économique indéniable. Bien éclairée, une ville est plus attractive. Les habitants se la réapproprient et les visiteurs prennent plaisir à s’y arrêter, à découvrir une façade médiévale, un lavoir éclairé, un patrimoine bâti, une maison de poète, etc. Nous sommes dans une région très touristique. Les élus souhaitent offrir à leurs concitoyens comme aux vacanciers qui visitent les villes et villages de Hautes Pyrénées une atmosphère en rupture avec l’éclairage ambiant traditionnel, essentiellement des lanternes de style Montmartre équipées de lampes sodium orangées qui dispersent le flux lumineux. Tout le monde profitera d’un environnement plus serein, pourra redécouvrir le ciel étoilé, les cimes des montagnes et les trésors architecturaux.

La réserve du Pic du Midi est un site pilote. Pensez-vous que d’autres parcs départementaux vont suivre son exemple ?

Nous sommes prêts à les aider à aller dans ce sens. Il y a une attente réelle des élus. EDF doit susciter le besoin de changement. En France, sur 10 millions de points lumineux, un tiers sont obsolètes ; certes cela a un coût de les changer mais si on se demandait plutôt combien ça coûte de ne rien faire ? D’un point de vue technique, on va diminuer fortement les factures de la ville mais également les coûts de maintenance. Prenez la durée de vie des lampes. Aujourd’hui, elles sont changées tous les 3 ans. Avec les LED, ce sera tous les 10 ou 15 ans seulement. Le coût d’exploitation baisse. Il faut prendre en compte un côut global : l’investissement, l’exploitation, la maintenance, le manque à gagner d’une commune qui n’est pas agréable la nuit, son image de marque, etc.

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