23 jan 2014

Le Secours Catholique et EDF Collectivités poursuivent et renforcent leur lutte commune contre la précarité énergétique

Interview de François Soulage, président du Secours Catholique.

Le Secours Catholique1 a récemment publié son rapport annuel 2012. Quel est le constat des équipes sur le terrain ?

La précarité continue d’avancer, et la précarité énergétique tout particulièrement. Les deux dépenses que les personnes accueillies ont le plus de difficulté à assurer sont le logement et l’énergie. Sur quels postes les familles en difficulté peuvent-elles essayer de faire des économies ? Les premières variables sont l’habillement et l’alimentation, parce que les personnes en difficulté savent qu’elles peuvent trouver des ressources extérieures via les associations. Ce qui explique l’explosion de fréquentation des Restos du Cœur, de la Banque alimentaire… Le poste santé commence à être fragilisé, mais le loyer est incontournable. S’il faut encore diminuer les dépenses, il ne reste comme variable que la facture énergétique. Nous voyons bien qu’un nombre croissant de personnes se privent de chauffage ou le réduisent considérablement, que leur situation devient aussi difficile pour faire la cuisine, pour l’hygiène, pour tous les actes de la vie quotidienne. Les associations sont de plus en plus sollicitées pour aider les personnes en situation de précarité énergétique. Actuellement, le Secours Catholique y consacre annuellement 1,6 million d’euros. En l’espace de dix ans, le montant de l’aide accordée dans ce domaine a doublé. D’où l’importance du travail que le Secours Catholique et EDF font ensemble pour lutter contre la précarité énergétique.

Vous venez de faire le bilan de la première convention de partenariat entre le Secours Catholique et EDF (2010-2013). Quelles en sont les conclusions ?

Le premier point très positif est qu’aujourd’hui la plupart de nos délégations ont un accès direct et facile à un correspondant Solidarité EDF. C’est très important lorsqu’il s’agit de résoudre un problème en urgence. Le Secours Catholique peut intervenir immédiatement lorsque l’électricité va être coupée ou si elle l’est déjà, faire annuler la décision ou faire rétablir le courant le temps d’instruire le dossier, de négocier un échéancier, alors même qu’il n’y a pas forcément eu de contact préalable avec un travailleur social. Le second, c’est la formation de nos bénévoles. Dans leurs remontées d’information, les délégations soulignent l’importance de ce partenariat, demandent que la formation continue se développe. Les sessions d’information et de sensibilisation portent sur les tarifs sociaux, mais aussi sur les économies d’énergie, les équipements, les bons gestes. Nos délégations travaillent beaucoup sur le curatif, dans l’urgence. Avec ces formations, EDF nous a aidé à ouvrir un nouveau champ d’action, celui du préventif. Nos bénévoles montent de plus en plus de dossiers de micro-crédit en vue de l’amélioration de l’habitat. Le Secours Catholique a pris contact avec l’ANAH (Agence Nationale de l’Habitat) et l’ANRU (Agence Nationale pour la Rénovation Urbaine) pour voir comment financer des travaux. Nous avons tous un objectif commun : financer des travaux, c’est faire potentiellement des économies d’énergie, diminuer la facture, et donc prévenir le risque de situation de précarité énergétique. Le Secours Catholique souhaite d’ailleurs qu’une partie des aides accordées par le FSL (Fonds de Solidarité pour le Logement) soit consacrée à des actions de prévention, parce trop de personnes vivent aujourd’hui dans des passoires énergétiques. Une des batailles que nous menons également sur ce terrain porte sur la fiscalité. A quoi cela sert-il de proposer une réduction d’impôt (la réglementation actuelle) à des gens qui n’en paient pas ? Notre idée, ce serait de mettre plutôt en place un crédit d’impôt, qui touche tout le monde.

Ce partenariat vient d’être reconduit pour une période triennale, tout en incluant des pistes de progrès. Sur quelles nouvelles actions allez-vous travailler ensemble ?

La nouvelle convention a été signée au Salon des Maires 2013. Nous allons poursuivre le travail engagé ensemble sur certaines situations particulièrement difficiles, qui nous préoccupent beaucoup. Il s’agit de trouver des marges de manœuvre concernant le nombre de mensualités de remboursement pour les personnes qui ont une grosse dette, d’un montant supérieur à 1 000 euros par exemple. Il s’agit aussi de trouver des solutions pour ceux qui sont dans une situation financière inextricable. Désormais, il est prévu que le Secours Catholique puisse solliciter un geste financier d’EDF. Ces dossiers seront bien sûr ceux de familles que nous suivons, pour lesquelles l’association engage sa responsabilité morale. Je tiens également à mentionner un autre élément novateur de cette deuxième convention à mon avis très porteur d’efficacité. Désormais, le Secours Catholique aura accès au portail d’information qu’EDF a mis en place à destination des travailleurs sociaux. Nos délégations pourront se tenir au courant des évolutions réglementaires, de l’avancée des dossiers. Elles pourront même proposer d’introduire les informations que nous recueillons sur le terrain dans ce système commun. Je me réjouis de la signature de cette nouvelle convention, qui concrétise un partenariat très efficace entre une entreprise que nous considérons comme publique et une grande association de solidarité.

1. Fondé en 1946, le Secours Catholique-Caritas France est une association reconnue d’utilité publique en 1962, service d’Eglise, qui lutte contre toutes les formes de pauvreté et d’exclusion et qui cherche à promouvoir la justice sociale. Elle mène des actions en France et à l’étranger auprès des populations les plus défavorisées. Ses actions sont mises en œuvre par un réseau de bénévoles organisés en équipes locales, intégrées au sein de délégations et appuyées par les bénévoles et salariés du siège national. L’association compte aujourd’hui 81 délégations diocésaines, 4228 équipes locales, 65 000 bénévoles et 950 salariés.

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