24 sep 2015

La toiture photovoltaïque doit devenir un réflexe

Entretien avec Philippe Gouyou-Beauchamps, directeur de la SED Haute-Savoie, président de Solaire des Alpes.

La SED Haute-Savoie* a créé en décembre 2008, avec des partenaires extérieurs, deux filiales**, dont la mission est de financer et d'exploiter des projets de développement des énergies renouvelables en Haute-Savoie. Pourquoi ?

La SED Haute-Savoie a pour objet de développer le territoire : aménagement de nouveaux quartiers, de zones d'activités, construction de bâtiments publics, et assistance aux collectivités territoriales en matière de développement durable. Depuis quelques années, nous avons constaté que si les partenaires publics et privés avec lesquels nous montons des projets de construction prévoient d'emblée d'investir dans une toiture photovoltaïque et/ou dans un réseau de chaleur à énergie non fossile, ils se trouvent souvent confrontées à des arbitrages budgétaires. Le toit photovoltaïque, par exemple, est perçu par les collectivités comme une dépense « rentable » à très long terme. Pour que ces projets voient le jour, il fallait proposer aux élus des outils qui leur apportent non seulement la compétence technique, mais aussi des moyens financiers. Pour le photovoltaïque, EDF s'est engagée avec nous sur un partenariat public/privé innovant : en apportant son expertise technique, et en assumant une part du risque financier. Depuis un an maintenant, notre filiale Solaire des Alpes se positionne en tiers investisseur vis-à-vis des maîtres d'ouvrage publics et privés (à l'exception des particuliers) pour implanter des capteurs solaires photovoltaïques en toiture des bâtiments.

Comment intervient Solaire des Alpes ?

La collectivité territoriale doit garder la maîtrise de son projet. Elle finance la construction du bâtiment, y compris la toiture photovoltaïque, et le fait réaliser. Solaire des Alpes intervient à partir de la mise en service de l'installation photovoltaïque. Aux termes du contrat, nous remboursons l'intégralité du coût de la toiture à la collectivité, sous forme de loyers payés en une seule fois, et nous assurons l'exploitation de la centrale pendant 20 ou 25 ans. Nous portons assistance au maître d'ouvrage sur toutes les études amont, techniques et économiques. Certains projets peuvent avoir une rentabilité prévisionnelle supérieure à d'autres. Dans certains cas, nous versons à la collectivité - en sus du financement - un loyer annuel calculé en fonction des recettes EDF. La Communauté de Communes du Pays d'Alby (CCPA), par exemple, a fait réaliser une toiture photovoltaïque de 520 m2 sur le gymnase du collège d'Alby-sur-Chéran.

La plupart des tiers investisseurs en photovoltaïque impose une surface minimum (1000 m2). Vous avez fait un autre choix ?

Solaire des Alpes ne se situe pas sur le terrain de la rentabilité, mais sur celui de l'aménagement du territoire. Les toitures de la plupart des bâtiments municipaux, écoles, gymnases, voire même immeubles de bureaux font entre 300 et 600 m2. On ne peut pas les écarter sous prétexte de rentabilité, car ces bâtiments constituent le réservoir de production d'énergies renouvelables le plus important. La toiture photovoltaïque doit devenir un réflexe pour tous les maîtres d'ouvrages. Ni les problèmes de financement, ni les problèmes de rentabilité ne doivent faire obstacle au développement du photovoltaïque. Nous avons donc proposé à nos partenaires de fixer à 300 m2 la surface minimum à partir de laquelle nous étudions les projets.

Nos partenaires, EDF et nos banquiers, ont démontré leur volonté commune de laisser de côté les objectifs purement financiers pour s'intéresser au développement du territoire.

Comment les collectivités territoriales de Haute-Savoie ont-elles accueilli vos propositions ?

La demande est forte, ce qui tendrait à prouver que nous avons su répondre à un vrai besoin.
Nous avons déjà réalisé 4 ou 5 projets en un an et revu notre business plan à la hausse. Notre ambition aujourd'hui est de financer et d'exploiter 1,5 MWh sur les toits de Haute-Savoie dans les 2 à 3 ans.

La Savoie s'intéresse à ce partenariat ?

En effet. Le Conseil Général de Savoie cherchait également à créer un outil pour développer le photovoltaïque sur le territoire savoyard. Son choix a été de nous rejoindre plutôt que de monter une structure parallèle. La Société d'Aménagement de la Savoie (SAS), homologue de la SED Haute-Savoie, va prochainement rejoindre le capital social de Solaire des Alpes. Nous travaillerons désormais sur les deux départements, toujours sur les toitures photovoltaïques car nous n'avons pas d'autres ambitions.

Pensez-vous que ce partenariat public/privé pour le développement du photovoltaïque puisse intéresser d'autres régions ?

Plusieurs régions ont des problématiques similaires, et peuvent trouver des réponses appropriées en initiant des partenariats similaires. C'est une question de volonté politique, appliquée à un champ d'action bien déterminé : celui de l'aménagement du territoire.

* La Société d'Equipement du Département, dont l'actionnaire majoritaire est le Conseil Général, est une SEM (Société d'Economie Mixte) d'aménagement
** Solaire des Alpes et Chaleur des Alpes.

Pour aller plus loin

La toiture photovoltaïque du gymnase du collège d'Alby-sur-Chéran en chiffres

401 modules poly-cristallins de 185 W de puissance pour une production de près de

75 000 KWh, soit l'équivalent de la consommation du collège de 700 élèves.
L'équilibre énergétique est réalisé :

  • avec le versement d'un loyer annuel supplémentaire à la Communauté de Communes du Pays d'Alby (CCPA), équivalent à 5 % des recettes EDF (2,2 k€/an)
  • avec 5,88 tonnes de CO2 évitées, soit l'équivalent de 8000 m2 de forêts plantées

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