25 avr 2016

L'innovation sociale au secours des coproprités dégradées

Comment inciter des copropriétaires endettés, au point de ne plus pouvoir payer leurs charges, à se lancer dans des travaux de rénovation énergétique, forcément coûteux mais nécessaires ? C’est la délicate équation à laquelle s’attaque le groupe EDF  depuis maintenant trois ans.

Enrayer le cercle vicieux des copropriétés dégradées

« Les personnes en situation de précarité énergétique représentent près de 15 % de nos clients. On ne peut pas les négliger. D’autant qu’EDF, du fait de son histoire, a une forte culture de la solidarité.» rappelle Sylvain Decarne, ingénieur-chercheur en précarité énergétique à la direction R&D d’EDF.
Pour enrayer le cercle vicieux des copropriétés dégradées, soit plus d’un million de logements en France, les équipes d’EDF ont planché sur un modèle économique original. « On a imaginé un financement des chantiers de rénovation par les économies de charges engendrées par les travaux.» poursuit Sylvain Decarne.

La co-construction au service de l’efficacité énergétique

Une idée forte soumise en 2013 à l’association « Action Tank Entreprise et Pauvreté », une émanation d’HEC spécialiste du social business. « On a décidé de lancer un programme de recherche sur la rénovation des copropriétés fragiles car plusieurs entreprises et associations nous sollicitaient sur le même thème. » raconte Guillaume Ginebre, coordinateur du projet.
« Nous avons alors rassemblé des acteurs prêts à réfléchir ensemble : EDF R&D pour l’accompagnement des ménages sur les usages, EDF Collectivités, puis EDF Optimal Solutions pour l’engagement de performance énergétique, Brézillon pour les travaux de rénovation, Véolia pour la gestion de l’eau, les Compagnons bâtisseurs pour la rénovation intérieure des logements et des acteurs financiers comme la Banque postale pour financer des micro-crédits en faveur des ménages insolvables ».
Après deux ans de « co-construction », la R&D d’EDF a mobilisé les équipes de la direction commerce du groupe pour trouver un terrain d’expérimentation.

La Ville de Clichy-sous-Bois, terrain d’innovation sociale 

« En passant en revue toutes les copropriétés dont j’avais connaissance, Clichy-sous-Bois s’est imposée.» raconte Karine Blaisbois, Directrice du Développement Territorial EDF. « C’est d’autant plus un bon choix que la Mairie a soutenu le projet en répondant à l’appel à manifestation d’intérêt pour une ville durable et solidaire lancé par l’Etat. Et l’a remporté ! »
Une quinzaine de projets ont été retenus par le nouveau programme national de renouvellement urbain, doté de 71 millions d’euros. Porté par l’Action Tank, celui de Clichy-sous-Bois bénéficiera dans un premier temps de 120 000 euros d’aide financière à l’ingénierie et d’un accompagnement technique et juridique.
Si la Ville est partie prenante, la décision de lancer les travaux de rénovation revient in fine aux copropriétaires. « Nous avons encore de nombreux efforts à faire pour les convaincre du bien-fondé de la démarche » reconnaît Sylvain Decarne. « On ne peut pas arriver comme ça en leur disant qu’on a la solution à leurs problèmes. Il existe une sorte de défiance. D’autant qu’en plus du soutien du conseil syndical il faut parfois convaincre un à un chaque propriétaire. »
L’engagement de l’Action Tank prend alors tout son sens. «Une association à but non lucratif, c’est rassurant pour les gens. On reste donc optimiste sur la mise en œuvre du projet. On espère lancer les travaux en 2018.»
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