24 nov 2014

Conférence ENBRIN, le défi énergétique breton : quelles opportunités pour l'économie régionale ?

Jeudi 16 octobre 2014 s’est tenue, dans le cadre du programme ENBRIN la conférence « Le défi énergétique breton : quelles opportunités pour l’économie régionale ? ».

Réunis à l’Agrocampus de Rennes, Patrice Geoffron, Jacques de Certaines, Olivier Clanchin, Marcel Torrents et Patrick Lescop ont mis en évidence, aux côtés d’Alain Le Maistre, directeur EDF direction Commerce Ouest, les atouts d’une région aux qualités encore sous-exploitées.

Un débat essentiel pour affronter l’avenir

Alain Le Maistre, directeur EDF direction Commerce Ouest, a rappelé la singularité de la situation bretonne. En effet, si le débat sur la transition énergétique constitue l’un des enjeux majeurs de ce siècle, il représente pour notre région un défi tout particulier, en raison de la situation de fragilité énergétique dans laquelle se trouve le Bretagne. Il est donc essentiel, pour un acteur comme EDF, premier producteur d’électricité en Europe, de contribuer à actualiser les débats, en faisant l’état des lieux de la situation et, au mieux, en participant à mettre en oeuvre les solutions envisagées sur les territoires qu’il accompagne. Cette nouvelle conférence ENBRIN « Le défi énergétique breton : quelles opportunités pour l’économie régionale ? » se situe clairement dans cette ambition.

Un état des lieux complexe

Animé par Carine Rocchesani le débat s’est attaché à dresser un panorama de la situation, exposant ainsi les forces et faiblesses de la région bretonne face aux défis, multiples, à relever en matière d’énergie. Patrice Geoffron, directeur du Laboratoire d’Économie de Paris Dauphine Centre de Géopolitique de l’Énergie et des Matières Premières, Jacques de Certaines, auteur de l’ouvrage « Secoue-toi Bretagne » et Patrice Lescop, président de la Commission Régionale Développement Durable de la CCI Bretagne, ont tout d’abord tenu à resituer que le débat autour de trois leviers clés pour le changement :
  • la nécessité écologique de changer de modèle énergétique en émettant moins de gaz à effet de serre
  • la nécessité législative de se conformer aux directives européennes particulièrement ambitieuses du 3X20, qui font de la politique européenne une politique éminemment pionnière
  • enfin la nécessité scientifique de développer l’électricité décarbonnée pour laisser une part des GES aux transports
Or, si ces facteurs permettent évidemment d’envisager des solutions, elles rencontrent également de nombreux freins. Du point de vue politique, la mise en oeuvre des directives européennes ne pourra se faire sans un accompagnement économique à proportion des objectifs visés, mais le calendrier sur ce point est confus. Par ailleurs, si les modes de transports de l’avenir, plus efficaces et performants en termes de consommation et de GES, peuvent répondre en partie aux problématiques d’émission, il manque pour accompagner la transition une vraie volonté politique, que ce soit en matière de pédagogie, de fiscalité, etc... Enfin, pour ce qui est des développements scientifiques, là encore, les politiques semblent manquer de souffle, des investissements étant nécessaires, notamment en termes d’emploi. Pour autant ses freins sont eux-mêmes les conditions du changement. Avec l’Europe et la mise en application d’une politique forte pour la transition, c’est 300 milliards d’euros d’investissements potentiels à disposition, soit des opportunités incroyables en termes de création d’emplois, de découvertes sur le plan scientifique, d’infrastructures urbaines à repenser.
Pour la Bretagne, en situation de fragilité, le stress électrique doit être envisagé comme une opportunité : il faut partir les premiers et se poser les bonnes questions pour devenir compétitifs en profitant des bénéfices de la transition : emploi, développement économique...
Dans cette course effrénée, certains secteurs vont s’avérer particulièrement clés, et différenciant sur chaque territoire, comme en Bretagne : l’agro-alimentaire, l’habitat et l’industrie. Le bâti breton par exemple est particulièrement énergivore avec une grande partie du parc immobilier construit entre 1975 et 2000 soit avant les réglementations thermiques. Il convient donc de penser des solutions spécifiques pour la région en termes de transition sur le logement.

L’agro-alimentaire Breton, une transition en marche, mais difficile

Olivier Clanchin, directeur de Triballat Noyal et Président de l’Abea a ensuite ramené le débat sur une question concrète qui touche particulièrement le secteur de l’agroalimentaire breton : Face à une consommation énergétique en constante augmentation, comment les acteurs économiques clés d’un territoire qui ne produit que 12 % de ce qu’il consomme peuvent-ils éviter d’entrer dans un cycle permanent de stress électrique ?
Globalement, l’agro-alimentaire est en effet un gros consommateur d’énergie : on chauffe pour nettoyer les installations, on refroidi pour conserver. L’industrie agro-alimentaire est clairement dans une situation de dépendance énergétique permanente. Il est donc plus que jamais important de maîtriser sa facture tout en restant dans une dynamique de réduction de l’impact environnemental. Ceci dit, des solutions existent déjà. Les diagnostics proposés par EDF permettent aujourd’hui de déterminer les postes énergivores, fiabilisant la collecte de données et permettant de rentrer dans une logique d’optimisation de la consommation. Évidemment ces diagnostics ne suffisent pas et la transition doit s’intensifier. Mais là encore les leviers de progression sont nombreux : le management participatif, la modernisation des équipements, la circulation de l’information et surtout le bon sens de chacun, peuvent s’avérer des facteurs de succès et d’évolution importants. Mais toutes ces solutions impliquent des investissements conséquents, qu’ils soient économiques ou humains. Il est donc essentiel d’avoir une vision à long terme, de partager les expériences comme le fait l’ABEA, voire d’aider au financement comme cela a été le cas avec l’AFNOR et la mise en place d’une aide sur les diagnostics énergétiques autour de 14 entreprises.

Transition énergétique : un chantier pour le bâtiment

Marcel Torrents, président du Directoire du Groupe Delta Dore et spécialiste de la maîtrise des consommations d’énergies dans tous les bâtiments, rappelle enfin que, quel que soit le secteur, le bâtiment apparaît comme un poste stratégique. Or, si sur ce point les solutions ne sont pas nouvelles (les thermostats réglables par téléphone existent depuis 20 ans), la domotique n’est pas encore très développée en France. Or c’est elle qui saura accompagner la modification des comportements et des usages, points clés d’une transition énergétique réussie, notamment auprès des particuliers.
Il y a un énorme potentiel en Bretagne, notamment avec l’habitat diffus : on a inventé le délestage électronique, le thermostat, le chauffage déclenché par téléphone. Pour des coûts très modestes on peut désormais tout piloter chez soi, sans y être présent, pour éviter les pics de consommation. Encore faut-il que les comportements suivent et pour cela, il faut mettre la technologie au service des hommes et non l’inverse. En conclusion, tous les intervenants s’accordent pour convenir qu’il est illusoire d’attendre une révolution technologique pour résoudre le problème énergétique. Il faut encadrer les problèmes au niveau des géopolitiques locales et favoriser la concentration de moyens pour économiser. Chacun doit s’engager à son niveau, sur son secteur et mutualiser les compétences. Le changement doit s’organiser, se structurer et s’adapter au maximum aux spécificités locales, avec l’aide des acteurs économiques et politiques du territoire.

Des intervenants aux parcours contrastés

Patrice Geoffron, directeur du Laboratoire d’Economie de Paris Dauphine Centre de Géopolitique de l’Énergie et des Matières Premières et auteur des ouvrages « Transition Énergétique : les vrais choix »  (éd. Odile Jacob) et « Avenir énergétique : cartes sur table  » (éd. Folio).

Jacques de Certaines, docteur ès sciences physiques, en biologie et en sociologie de la science, a été chef du département de biologie au centre régional de lutte contre le cancer et directeur d’un laboratoire à l’université de Rennes. Il est également co-auteur de l’essai « Secoue-toi Bretagne » (éd. Apogée).

Olivier Clanchin, président de l’ABEA (association bretonne des entreprises agro-alimentaires), de Sojaxa (association pour la promotion des aliments au soja) et de Triballat Noyal, première fromagerie de Bretagne, élaborant sur 17 sites en France et en Europe des produits de qualité à base de 4 laits : vache, chèvre, brebis et soja.

Patrick Lescop, président de la Commission Régionale Développement Durable de la CCI Bretagne dressera un portrait de l’engagement énergétique des entreprises régionales.

Marcel Torrents, président directeur général Delta Dore, interviendra en tant qu’acteur moteur dans les débats actuels sur la « reconquête industrielle ». Selon lui, la principale ressource énergétique est à courts et longs termes : l’économie d’énergie, qui dépend, bien sûr, des moyens techniques (isolation, pilotage énergétique etc...) mais surtout des moyens humains.

ENBRIN, Energie Bretagne Innovation, est la contribution actuelle d’EDF à l’enjeu énergétique de la Bretagne mis en avant dans le Pacte électrique breton. Ce programme du Groupe EDF encourage les économies d’énergie électrique, la maîtrise des pics de consommation hivernaux, le développement des énergies renouvelables et concourt à fiabiliser les moyens de production. Il est fondé sur l’innovation, la performance et le partenariat avec les différents acteurs du territoire. Le groupe EDF, un des leaders sur le marché de l’énergie en Europe, est un énergéticien intégré, présent sur l’ensemble des métiers : la production, le transport, la distribution, le négoce et la vente d’énergies. Premier producteur d’électricité en Europe, le Groupe dispose en France de moyens de production essentiellement nucléaires et hydrauliques fournissant à 95,9 % une électricité sans émission de CO2. En France, ses filiales de transport et de distribution d'électricité exploitent 1 285 000 km de lignes électriques aériennes et souterraines de moyenne et basse tension et de l’ordre de 100 000 km de réseaux à haute et très haute tension. Le Groupe participe à la fourniture d’énergies et de services à près de 28,6 millions de clients en France. Le Groupe a réalisé en 2012 un chiffre d’affaires consolidé de 72,7 milliards d’euros dont 46,2 % hors de France. EDF, cotée à la Bourse de Paris, est membre de l’indice CAC 40.

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